Du Parmehutu à 1994 : l’Ambassadeur Ngarambe retrace la genèse du génocide contre les Tutsi

Redigé par Alain Bertrand Tunezerwe
Le 15 janvier 2026 à 04:30

L’Ambassadeur François-Xavier Ngarambe a expliqué que l’analyse des motivations des exécutants ayant perpétré le génocide contre les Tutsi au Rwanda en 1994 constitue l’une des principales raisons de ses recherches et de la rédaction de son ouvrage « Le génocide contre les Tutsi du Rwanda. Conséquences inéluctables des politiques criminelles et des crimes politiques de 1959 à 1994 ».

Il a insisté sur l’importance d’une documentation rigoureuse pour mieux comprendre, dans toute sa complexité, cette tragédie.

Ceci ressort d’un entretien exclusif de l’Ambassadeur Ngarambe, ancien représentant du Rwanda en Europe, en Asie et auprès des Nations Unies, accordé au média IGIHE à la suite de la sortie de son dernier ouvrage.

Le livre, réalisé avec le soutien de l’Aegis Trust, constitue une contribution majeure à la compréhension des racines historiques et politiques du génocide de 1994. Selon l’Ambassadeur Ngarambe, il démontre que ce génocide n’a ni été spontané, ni accidentel, mais qu’il s’inscrit dans un long processus planifié par les élites politiques au pouvoir afin de conserver leur domination.

Lors de l’entretien, l’Ambassadeur a souligné que l’année 1959 marque le début des massacres contre les Tutsi, qui culmineront avec le génocide ayant fait plus d’un million de victimes en seulement trois mois.

«  L’autorité coloniale sentait l’indépendance arriver en 1960… Pour maintenir leur domination après l’indépendance, il fallait écarter la monarchie et créer un parti partenaire. Kayibanda a été formé pour créer le PARMEHUTU  », a expliqué M. Ngarambe, précisant que cet événement a introduit une logique de racialisation du système politique rwandais visant à soutenir un parti extrémiste et préparer l’extermination des Tutsi.

L’Ambassadeur a également mis en lumière le rôle de l’idéologie et de la haine ethnique dans le déclenchement du génocide. «  Les planificateurs avaient conçu des mécanismes pour activer plusieurs sources de motivation et entraîner la population dans le crime. Ils ont d’abord créé une mentalité d’obéissance aveugle sous le MRND, puis associé les Inkotanyi aux Inyenzi des années 1960 et stigmatisé tout Tutsi  », a-t-il déclaré.

IGIHE a récemment rencontré en exclusivité l’Ambassadeur François Xavier Ngarambe, ancien représentant du Rwanda en Europe, en Asie et auprès des Nations Unies

Le livre examine également l’impact du coup d’État de 1973 et la prise de pouvoir de Juvénal Habyarimana, un événement qui, selon l’Ambassadeur, a façonné le comportement du régime jusqu’en 1994. «  Habyarimana et les putschistes se considéraient comme les héritiers du Parmehutu. La peur de perdre le pouvoir les a poussés à envisager une solution radicale  », a-t-il souligné.

L’Ambassadeur rappelle que le projet d’extermination des Tutsi était déjà conçu bien avant l’attaque du FPR en 1990, citant une déclaration de Serubuga : «  Après l’attaque du FPR, nous allons enfin pouvoir exterminer tous les Tutsi  ». Il insiste également sur le fait que les violences inter-hutus de 1973 ont été largement occultées en 1994 afin de focaliser les Hutu contre l’«  ennemi commun  », les Tutsi.

Pour M. Ngarambe, le génocide n’est pas une fatalité mais un instrument politique. «  Le génocide contre les Tutsi révèle une vérité : lorsqu’un peuple est menacé d’extinction et abandonné, il a le droit de se défendre. C’est l’un des rares cas où la violence est légitime… Ce fut le cas lorsque le FPR a pris la décision historique  », conclut-il, appelant les historiens à documenter ces vérités pour garantir un «  plus jamais ça  ».

L’Ambassadeur Ngarambe a présenté les axes majeurs de son livre, évoquant le génocide contre les Tutsi ainsi que les événements, les acteurs et les motivations ayant conduit à cette tragédie

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