Urgent

La mémoire comme exigence de vérité face aux résurgences du déni

Redigé par Tite Gatabazi
Le 9 avril 2026 à 05:03

Lors du Kwibuka 32 au Sénégal, l’ambassadeur du Rwanda, S.E. Festus Bizimana, a livré à l’assistance composée de Sénégalais, de Rwandais de la diaspora et d’invités venus nombreux témoigner leur solidarité une déclaration d’une gravité saisissante :

« En cent jours, le monde a vacillé. Et un peuple a été précipité dans l’abîme. Et pourtant, alors même que le sang coulait, la vérité était niée, la réalité travestie. Cette défaillance n’appartient pas seulement au passé. Elle nous interpelle encore aujourd’hui. L’idéologie du génocide dans la région des Grands Lacs demeure une menace persistante nourrie par des discours de haine et de stigmatisation visant particulièrement les Tutsi. »

Ces mots, d’une intensité rare, ne relèvent ni de la simple commémoration ni de la rhétorique diplomatique. Ils s’inscrivent dans une exigence impérieuse : celle de rappeler que le génocide perpétré contre les Tutsi ne constitue pas seulement une tragédie historique close, mais une fracture dont les répliques continuent de traverser le présent.

Car ce que souligne avec acuité cette déclaration, c’est la permanence d’un double péril : celui du déni et celui de la résurgence idéologique. Le premier travestit les faits, relativise l’horreur et dilue les responsabilités ; le second, plus insidieux encore, réactive les ressorts mêmes qui rendirent possible l’extermination, la déshumanisation, la stigmatisation et la banalisation de la haine.

Ainsi, la mémoire ne saurait être un exercice figé, confiné aux cérémonies. Elle doit demeurer un acte vigilant, une conscience en éveil, une résistance permanente à toute tentative de falsification historique ou de réhabilitation implicite des idéologies criminelles.

L’Est de la RDC : théâtre contemporain d’une menace idéologique persistante

C’est précisément dans cette perspective que les propos de l’Ambassadeur Festus Bizimana trouvent une résonance particulièrement aiguë au regard de la situation actuelle à l’Est de la République démocratique du Congo. Là, loin des tribunes commémoratives, les dynamiques dénoncées prennent une forme tragiquement concrète.

La persistance des FDLR, héritières directes des forces génocidaires ne saurait être analysée comme un simple résidu sécuritaire. Elle constitue l’expression tangible d’une idéologie qui, loin d’avoir été éradiquée, continue de muter, de s’adapter et de se nourrir de complicités, d’ambiguïtés et, parfois, d’alliances de circonstance.

Dans ce contexte, l’existence de convergences, explicites ou tacites, avec certains acteurs locaux ou régionaux ne fait qu’aggraver une situation déjà profondément instable. Elle confère à ces groupes une capacité de nuisance renouvelée, tout en entretenant un climat de peur et de violence qui rappelle, de manière troublante, les mécanismes ayant précédé les tragédies du passé.

Dès lors, la mise en garde formulée lors du Kwibuka 32 dépasse largement le cadre mémoriel. Elle constitue un avertissement politique et moral : tant que les discours de haine ne seront pas combattus avec la rigueur qu’ils exigent, tant que les structures qui les portent ne seront pas démantelées sans ambiguïté, la région demeurera exposée à la répétition des pires dérives de son histoire.

En définitive, il ne s’agit plus seulement de se souvenir, mais d’agir avec lucidité et courage. Car l’histoire, lorsqu’elle est ignorée ou manipulée, cesse d’être un passé révolu pour redevenir une menace imminente.

Lors du Kwibuka 32 au Sénégal, l’ambassadeur rwandais Festus Bizimana a alerté sur la persistance de l’idéologie du génocide dans les Grands Lacs, nourrie par les discours de haine et la stigmatisation des Tutsi

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