Elle révèle, au-delà de l’incident sportif, une faillite politique profonde, faite de promesses répétées, de budgets engloutis et d’une incapacité chronique à traduire les investissements annoncés en résultats tangibles.
En sept années, pas moins de quatre ministres des Sports se sont succédé, chacun ayant sollicité et obtenu des enveloppes de plusieurs millions de dollars pour la prétendue rénovation de cette enceinte emblématique. Le constat est aujourd’hui implacable : le stade demeure indigne et l’argent s’est dissipé sans laisser de trace durable.
Cette situation confine à l’absurde. Alors que le principal complexe sportif du pays est frappé d’interdit, Kinshasa a engagé, en l’espace de quelques semaines, des dizaines de millions d’euros dans des contrats de sponsoring prestigieux avec des clubs européens de premier plan dont Monaco, Milan, Barcelone.
Ces accords, présentés comme des instruments de promotion touristique et de rayonnement international, apparaissent désormais comme une opération de communication déconnectée de toute réalité nationale.
Comment prétendre vendre l’image d’un pays moderne, attractif et organisé, lorsque son stade phare est jugé impropre à accueillir le moindre match international ?
La dilapidation comme politique sportive
Au total, plus de quatre-vingt-dix millions d’euros ont été mobilisés pour le sponsoring sportif à l’international, dans un pays où la fédération nationale de football peine à honorer ses engagements élémentaires, où les clubs locaux survivent dans la précarité et où les compétitions nationales se déroulent dans des conditions souvent indignes.
Ce contraste violent entre l’exubérance des dépenses extérieures et la misère des structures internes révèle une politique sportive à rebours, fondée non sur le développement, mais sur l’illusion du prestige.
Loin d’être un outil stratégique de rayonnement, ce sponsoring massif prend les allures d’un gaspillage de fonds publics, aggravé par l’absence de transparence, d’évaluation d’impact et de priorisation rationnelle.
Le sport, censé être un levier de cohésion sociale, de formation de la jeunesse et d’influence régionale, est ici réduit à une vitrine coûteuse, destinée à flatter l’image du pouvoir sans répondre aux besoins du secteur. Pendant que les logos congolais s’affichent sur des maillots européens, les clubs nationaux s’enlisent, incapables de se projeter durablement sur la scène continentale.
L’affaire du Stade des Martyrs agit ainsi comme un révélateur cruel : celui d’un gouvernement qui investit dans l’apparence plutôt que dans la substance, dans le spectacle plutôt que dans l’infrastructure, dans la communication plutôt que dans la gouvernance.
Tant que cette logique prévaudra, le sport congolais restera prisonnier d’un paradoxe tragique : omniprésent dans les discours, absent dans les faits. Et chaque suspension, chaque humiliation internationale, viendra rappeler que le prestige ne se décrète pas à coups de contrats, mais se construit patiemment, par la rigueur, la responsabilité et le respect de l’intérêt public.














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