Il n’en a rien été. Cette mesure, vidée de toute substance politique et morale, s’est révélée n’être qu’un expédient de circonstance, une sanction de façade destinée à contenir l’émoi médiatique et les réprobations extérieures.
En l’absence d’un désaveu sans ambiguïté et d’une réaffirmation ferme des principes de dignité humaine, elle s’est muée en suspension factice, ouvrant la voie à une banalisation méthodique de l’indicible, où les discours les plus délétères, loin d’être éradiqués, se trouvent tolérés, relayés, voire légitimés dans l’espace public, au point de transformer l’exception scandaleuse en norme insidieuse.
La suspension du Général Ekenge, consécutive à des propos publics d’une gravité extrême assimilables à une incitation à la haine ethnique visant les Tutsis, avait été initialement présentée comme un acte d’autorité, une tentative de réaffirmation des principes de cohésion nationale et de respect des droits humains.
Elle se voulait le signal d’une ligne rouge institutionnelle : nul, fût-il haut gradé, ne saurait se prévaloir de sa position pour fracturer le corps social par un discours de stigmatisation. Or, cette posture, déjà fragile, s’est révélée n’être qu’un écran de fumée, promptement dissipé par les faits.
Quelques jours à peine après cette suspension, l’intervention médiatique de Maître Kabengele, avocat notoirement proche du pouvoir, dans un organe de presse lui aussi réputé pour sa proximité avec les autorités, a achevé de dévoiler l’imposture.
Sous couvert de défense tacite, il n’a pas seulement relativisé des propos déjà condamnables : il les a prolongés, aggravés, radicalisés. En suggérant l’idée obscène et pseudo-scientifique d’imposer des examens aux femmes « Tutsi » afin de vérifier la prétendue « génétique » de leurs enfants, il a franchi un seuil qui ne relève plus de la provocation verbale, mais d’une réactivation sinistre des logiques d’assignation biologique, historiquement associées aux pires crimes du XXᵉ siècle.
Ces déclarations ne sont pas de simples dérapages individuels. Elles constituent un symptôme alarmant : celui de la banalisation d’un discours fondé sur l’ethnicisation des individus, la réduction de la personne humaine à une essence supposée et la normalisation d’une discrimination qui nie frontalement les principes universels de dignité, d’égalité et d’humanité commune.
Lorsque de telles idées sont formulées sans honte, reprises sans condamnation ferme, et tolérées dans l’espace médiatique proche du pouvoir, c’est l’architecture morale de l’État qui vacille.
Tout concourt à accréditer l’hypothèse selon laquelle la suspension du Général Ekenge n’était qu’un geste cosmétique, destiné à apaiser un emballement médiatique ou à répondre à des pressions internationales momentanées.
En profondeur, rien n’aurait été désavoué. Pire encore, la défense publique de propos similaires par d’autres communicateurs du régime, à l’instar de Kalonji Kabamba wa Mulumba, suggère une convergence idéologique troublante au sommet de l’appareil étatique. Ce qui est officiellement sanctionné en façade semble, en réalité, largement partagé en coulisses.
Dans un État de droit digne de ce nom, la lutte contre les discours de haine ne saurait être sélective, opportuniste ou circonstancielle. Elle exige une cohérence implacable entre la parole et l’acte, entre la sanction annoncée et la culture politique réellement promue.
À défaut, l’État cesse d’être l’arbitre et devient le vecteur d’une violence symbolique aux conséquences potentiellement dévastatrices. L’histoire récente de la région rappelle, avec une cruauté implacable, que la haine ethnicisée, lorsqu’elle est tolérée, relativisée ou instrumentalisée, ne demeure jamais au stade du verbe. Elle prépare toujours le terrain de l’irréparable.














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