La décision controversée des Nations unies en plein génocide contre les Tutsi

Redigé par Bertrand Tunezerwe
Le 22 avril 2026 à 10:37

Alors que les massacres, déclenchés le 7 avril - date du début du génocide perpétré contre les Tutsi - s’intensifient et font déjà des centaines de milliers de victimes, la communauté internationale adopte une décision qui sera largement critiquée : la réduction drastique des effectifs de la Mission des Nations unies pour l’assistance au Rwanda (MINUAR).

Réuni à New York le 21 avril 1994, le Conseil de sécurité de l’ONU adopte la résolution 912, qui réduit les effectifs de la MINUAR à environ 270 soldats, contre près de 2 500 initialement déployés.

Cette décision intervient un peu plus de deux semaines après, alors même que les rapports de terrain font état d’une intensification des massacres sur l’ensemble du territoire.

Plusieurs documents des Nations unies documentent même le fait que le Rwanda est alors plongé dans une spirale de violences extrêmes, marquée par des massacres massifs de civils ciblés, les forces de sécurité nationales censées assurer la protection des populations participant activement à l’extermination à grande échelle.

Pourtant, dans les jours précédant cette décision, les responsables de la MINUAR avaient multiplié les alertes. Le général Roméo Dallaire, commandant de la mission, et le représentant spécial du Secrétaire général, Jacques-Roger Booh-Booh, avaient signalé l’effondrement rapide de la situation sécuritaire et l’incapacité de la mission à protéger efficacement les civils.

Dans une correspondance adressée à Kofi Annan, Jacques-Roger Booh-Booh décrivait une situation totalement hors de contrôle et plaidait pour l’évacuation d’une grande partie du personnel de la MINUAR, estimant que la sécurité des casques bleus n’était plus garantie. Il évoquait également la gravité des attaques contre les civils, notamment dans les zones de refuge comme certains hôtels et édifices religieux à Kigali.

Malgré ces avertissements répétés, le Conseil de sécurité des Nations unies demeura réticent à renforcer la mission, certains États membres allant jusqu’à plaider pour un retrait total des forces onusiennes.

Malgré les avertissements répétés du général Dallaire, le Conseil de sécurité des Nations unies est resté réticent à renforcer la mission et a procédé à sa réduction, en dépit de l’ampleur des massacres

Cette réduction des effectifs fut perçue par les auteurs des massacres comme un signal favorable à la poursuite de leur projet criminel.

Parallèlement, les violences continuèrent de s’étendre à travers le pays, dans un contexte où les estimations indiquaient déjà que des centaines de milliers de personnes avaient été massacrées au cours des premières semaines du génocide contre les Tutsi et que la situation devenait de plus en plus pire.

Les grandes puissances siégeant au Conseil de sécurité refusaient de qualifier les événements de « guerre civile », appelant à un cessez-le-feu, tout en évitant d’utiliser le terme de « génocide », dont la reconnaissance aurait entraîné des obligations d’intervention plus contraignantes.

Ce n’est que le 17 mai 1994 que l’ONU adopta la résolution 918, décidant de porter les effectifs de la MINUAR à 5 500 hommes. Toutefois, les retards logistiques et opérationnels firent que ces renforts n’arrivèrent que trop tard, après la fin des massacres.

À la fin du génocide perpétré contre les Tutsi, avec la victoire militaire du FPR qui y mit fin, moins de 10 % des effectifs prévus par la résolution seront alors présents sur le terrain.

L’ancien Secrétaire général de l’ONU, Kofi Annan, exprimera peu après de profonds regrets, admettant les conclusions d’un rapport de 1999 qui pointe une « responsabilité systémique » de l’ONU et l’incapacité de l’organisation à agir face à l’horreur.

Trente-deux ans plus tard, le 21 avril 1994 demeure ainsi symboliquement associé à une décision internationale largement critiquée, prise à un moment où l’ampleur du drame humanitaire au Rwanda apparaissait déjà d’une gravité extrême et de plus en plus incontestable à mesure que les violences se poursuivaient et s’intensifiaient.

L’ancien Secrétaire général de l’ONU, Kofi Annan, exprimera de profonds regrets, reconnaissant une « responsabilité systémique » de l’ONU face à son incapacité à agir durant le génocide contre les Tutsi

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