L’AFC/M23 disposerait désormais d’équipements d’origine israélienne, d’acquisition récente, qui auraient été capturés lors des premiers affrontements contre les forces de la coalition gouvernementale.
Ce matériel, récupéré sur le champ de bataille, constituerait un indicateur tangible de l’intensité des combats initiaux, mais surtout de la rapidité avec laquelle certaines lignes de front ont cédé.
Au-delà de la seule dimension symbolique, ces captures d’armements traduisent un phénomène militaire bien connu : lorsqu’une armée recule dans la précipitation, elle laisse derrière elle non seulement des positions, mais également des stocks logistiques, des systèmes d’armes, des équipements de communication et parfois des plateformes sophistiquées.
Or, dans le cas présent, la répétition de ces abandons interroge. Ce que les Forces armées de la RDC (FARDC) présentent très régulièrement comme des « replis stratégiques » apparaît, à l’examen des faits et des conséquences observables, moins comme une manœuvre tactique ordonnée que comme une retraite désorganisée, voire une véritable débandade.
Un repli stratégique, au sens militaire rigoureux du terme, suppose anticipation, coordination, sécurisation des arrières et destruction préalable du matériel ne pouvant être évacué. A défaut, il se mue en fuite. Et lorsque des quantités significatives d’équipements parfois neufs et technologiquement avancés se retrouvent intactes entre les mains de l’adversaire, la qualification officielle mérite d’être questionnée.
L’effet pervers des abandons logistiques : un réarmement involontaire
Les conséquences de ces abandons dépassent la simple perte matérielle. Chaque arme récupérée, chaque système de transmission saisi, chaque véhicule opérationnel capturé contribue mécaniquement à renforcer les capacités tactiques de l’AFC/M23. Ce phénomène crée une dynamique paradoxale : l’armée régulière, en laissant sur le terrain des volumes importants d’équipements, participe indirectement à l’augmentation de la puissance militaire de l’AFC/M23.
A tel point que l’on en vient à formuler une observation troublante : les FARDC semblent, malgré elles, figurer parmi les premiers pourvoyeurs d’armements de l’AFC/M23. Non par intention, évidemment, mais par l’effet cumulatif de replis mal maîtrisés et d’un déficit manifeste dans la sécurisation des stocks et des lignes logistiques.
Cette situation révèle un problème structurel plus profond : discipline opérationnelle insuffisante, chaîne de commandement fragilisée, moral des troupes altéré, défaut de planification logistique ou encore manque de coordination interalliée.
Car la guerre moderne ne se gagne pas uniquement par l’acquisition d’équipements sophistiqués ; elle se décide aussi dans la capacité à les préserver, à les protéger et, le cas échéant, à en empêcher la capture.
Entre réutilisation tactique des armes saisies, adaptation aux technologies récupérées et intégration progressive de nouveaux systèmes dans leur dispositif, les forces de l’AFC/M23 franchissent ainsi un seuil qualitatif. La montée en puissance n’est plus seulement numérique ; elle devient technologique et opérationnelle.
La question demeure donc entière, et elle est d’une gravité stratégique évidente : jusqu’où cette dynamique peut-elle se poursuivre ? Si les abandons matériels continuent au rythme observé, le déséquilibre pourrait s’accentuer, transformant chaque recul en facteur d’accélération pour l’adversaire.
Dans un conflit où l’image publique et la communication officielle jouent un rôle central, la dissonance entre le discours de « repli stratégique » et la réalité observable sur le terrain risque également d’éroder la confiance de l’opinion et des partenaires. Or, en temps de guerre, la vérité stratégique importe autant que la vérité militaire.
L’enjeu dépasse donc la seule question des équipements capturés : il touche à la crédibilité de l’appareil de défense, à la cohérence de la doctrine opérationnelle et, in fine, à la capacité du gouvernement à préserver son monopole de la force légitime sur l’ensemble de son territoire.














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