Urgent

Uvira ou la mauvaise conscience de la communauté internationale

Redigé par Tite Gatabazi
Le 10 février 2026 à 10:25

Uvira, tout comme Minembwe et l’ensemble de ses environs, s’impose aujourd’hui comme un miroir implacable tendu à la communauté internationale, révélant ses renoncements, ses silences calculés et ses compromissions non assumées.

Ces territoires meurtris, brièvement soulagés par un répit d’à peine une semaine consécutif à la présence de l’AFC/M23, ont été aussitôt replongés dans l’abîme de la violence après que ce mouvement a été sommé de se replier.

Ce court interlude n’aura été qu’une illusion tragique, un sursis dérisoire avant le retour d’un chaos méthodiquement organisé.

Depuis ce retrait, la situation humanitaire et sécuritaire s’est dramatiquement détériorée. Les populations civiles, en particulier les Banyamulenge mais également d’autres Congolais arbitrairement soupçonnés d’accointance avec l’AFC/M23, sont livrées sans protection à une répression brutale et systématique.

Le constat dressé par le Consortium des Organisations humanitaires, de défense des droits humains et de la société civile est d’une gravité accablante et ne souffre aucune ambiguïté.

Ce rapport fait état de détentions secrètes, de tortures, de viols, d’assassinats ciblés, d’exécutions sommaires, d’arrestations arbitraires, de disparitions forcées et de persécutions systématiques visant des civils désarmés.

Il ne s’agit ni d’excès isolés ni de bavures imputables à un contexte de guerre confuse, mais bien d’une politique de terreur, structurée et répétitive, qui s’abat sur des populations déjà traumatisées par des années de marginalisation et de violences récurrentes.

Uvira et Minembwe deviennent ainsi les symboles d’un abandon total. Abandon par l’État congolais, incapable ou refusant d’assurer la protection de tous ses citoyens sans discrimination. Abandon, surtout, par une communauté internationale prompte à proclamer son attachement aux droits humains, mais étrangement muette lorsque ceux-ci sont piétinés de manière flagrante et documentée.

Ce silence assourdissant, cette absence de réaction ferme et cette tolérance tacite à l’égard d’un régime sanguinaire constituent une tache indélébile sur les valeurs universelles que ces mêmes acteurs prétendent incarner.

Le drapeau des Nations unies, censé symboliser la dignité humaine, la paix et la protection des civils, se trouve ainsi souillé par l’inaction et la complaisance. Ceux qui se revendiquent gardiens de la morale internationale, porte-étendards des droits fondamentaux et arbitres de la justice globale, se trouvent de facto disqualifiés par leur inertie.

Se taire face à l’horreur constitue, en vérité, une forme insidieuse de consentement  : le silence, loin d’être neutre, devient alors un assentiment implicite, une caution invisible accordée à la barbarie.

Détourner le regard, feindre l’indifférence ou invoquer des prétextes bureaucratiques pour éluder l’action ne relève pas d’une simple prudence diplomatique  ; c’est entrer dans le cercle de la complicité morale, devenir acteur involontaire mais néanmoins réel de l’injustice et de l’oppression.

Chaque omission, chaque parole retenue, chaque inertie mesurée se transforme en pierre ajoutée à l’édifice de la violence, en ciment consolidant le pouvoir des bourreaux.
Ainsi, l’inaction face au crime ne se limite pas à une passivité consentie  : elle s’inscrit dans la chaîne des responsabilités et se fait complice de l’atrocité, marquant durablement la conscience collective et la mémoire des générations présentes et à venir.

En laissant perdurer ces crimes, en refusant de nommer clairement les responsabilités et d’imposer des mécanismes de redevabilité, la communauté internationale valide implicitement une hiérarchie des vies humaines, où certaines souffrances seraient tolérables, voire négligeables. Cette posture est moralement indéfendable et historiquement condamnable. Elle trahit l’essence même du discours universaliste des droits humains, réduit à un instrument rhétorique vidé de toute substance.

Uvira n’est donc pas seulement un théâtre de violences locales ; elle est devenue la mauvaise conscience d’un ordre international qui proclame des principes qu’il n’applique plus, qui invoque le droit tout en abandonnant les victimes et qui préfère la stabilité factice à la justice réelle.

Tant que ce silence persistera, tant que l’omission et la complaisance l’emporteront sur le courage politique et moral, chaque exaction commise à Uvira, à Minembwe et dans leurs environs pèsera lourdement sur ceux qui avaient le pouvoir d’agir et ont choisi de ne pas le faire.

Uvira, comme Minembwe et ses environs, reflète les renoncements et silences de la communauté internationale

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