Depuis de longs mois, et avec une intensification glaçante au tournant de ce mois de février, Minembwe et ses environs sont le théâtre d’une violence méthodique qui ne dit pas son nom. Ce qui s’y déroule n’est ni un accident de guerre ni une bavure isolée, mais la manifestation répétée d’un acharnement meurtrier visant une population civile clairement identifiée : les Banyamulenge, Tutsi congolais abandonnés à leur sort dans une indifférence régionale et continentale devenue moralement insoutenable.
Dans la nuit du 8 février 2026, à partir de 3 h 30 du matin, des drones attribués aux forces relevant du pouvoir de Kinshasa, agissant en coordination avec celles du régime burundais, ont frappé plusieurs villages de Minembwe.
Les habitants, arrachés au sommeil par le fracas des explosions, ont découvert l’horreur au réveil. Les frappes se sont poursuivies à intervalles réguliers tout au long de la journée et jusque dans la soirée, touchant notamment Bicumbi, Mutunda, Rubemba et Karongi et laissant derrière elles morts et blessés parmi une population sans défense.
Ces bombardements s’inscrivent dans une continuité glaçante. La veille, le 7 février, Rugezi et Rwitsankuku avaient déjà été pris pour cibles. Le 6 février, à la tombée de la nuit, les collines de Baruta étaient frappées. Le 1er février, pas moins de huit drones ont survolé et bombardé plusieurs localités. Le 31 janvier, douze engins ont pilonné Point Zéro, Rwitsankuku et Rugezi ; le 30 janvier, cinq autres frappes ont visé divers villages. Les 24 et 22 janvier enfin, Mukoko Gakenke, Rugezi, Biziba et Runundu/Madegu ont été soumis aux bombardements conjoints des FARDC et des FDNB.
La répétition, la précision et l’étalement temporel de ces attaques excluent toute lecture fortuite : il s’agit d’une stratégie de terreur assumée.
Face à cette réalité, Me Moïse Nyarugabo élève une voix ferme et sans détour. Il dénonce l’acharnement systématique exercé contre Minembwe et contre les Banyamulenge, qu’il impute directement au président Félix Tshisekedi, à son gouvernement, ainsi qu’à leur allié régional, le président Évariste Ndayishimiye et le régime burundais.
A ses yeux, la responsabilité politique et morale de ces dirigeants est engagée et le sang versé par des innocents ne saurait être effacé par le temps ni dilué dans les arguties diplomatiques.
Plus accablant encore est le silence obstiné de l’Union africaine. Cette organisation, déjà affaiblie par une réputation d’inefficacité chronique, se distingue ici par une mutité qui confine à la démission morale.
Silence face au recrutement et à l’emploi de mercenaires, en violation flagrante des normes continentales. Silence face à la banalisation des discours de haine. Silence face aux persécutions systématiques des Tutsi congolais. Silence enfin face au blocus de Minembwe et à l’asphyxie organisée de ses populations.
Me Nyarugabo interpelle directement le président de la Commission de l’Union africaine, destinataire régulier de ses alertes et de ses dénonciations. Informée, saisie, documentée, l’institution continentale a pourtant choisi de détourner le regard.
Pire encore, lorsque, de manière exceptionnelle, une prise de position est adressée aux autorités de Kinshasa afin d’exiger la cessation immédiate des violences infligées aux populations civiles, violences juridiquement qualifiables de crimes de guerre et la neutralisation du centre de commandement installé à l’aéroport de Kisangani, d’où sont pilotés les engins semant la mort et la désolation parmi des civils sans défense, l’Union africaine croit devoir mobiliser toute son éloquence institutionnelle non pour dénoncer les bombardements, ni pour protéger les victimes, mais pour stigmatiser cette interpellation elle-même, hâtivement et abusivement assimilée à un acte terroriste.
Cette réaction, aussi maladroite que politiquement orientée, ne visait nullement la sauvegarde des vies humaines ni la défense des droits fondamentaux, mais relevait d’une complaisance manifeste à l’égard du régime de Félix Tshisekedi. Une telle sortie, inopportune et moralement disqualifiante, illustre tragiquement la faillite d’une institution plus soucieuse de ménager le pouvoir que de remplir son devoir premier : la protection des civils et le respect du droit.
Si tel est le visage de l’Union africaine, partial, sélectif, prompt à s’indigner lorsque ses équilibres politiques sont bousculés, mais muet lorsque des civils sont frappés dans leur sommeil alors, oui, il y a lieu de s’alarmer pour l’avenir moral du continent.
Il serait plus conforme à sa vocation fondatrice d’adopter une impartialité rigoureuse, de dénoncer sans distinction les crimes des gouvernements impliqués, de condamner l’usage de mercenaires et les bombardements de populations civiles.
A défaut, le silence vaudra complicité, et les leçons de morale dispensées demain apparaîtront pour ce qu’elles sont déjà : vaines, tardives et profondément discréditées.














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