Les Tutsi congolais Banyamulenge, y vivent ce que leurs défenseurs qualifient de martyre prolongé : bombardements, déplacements forcés, enclavement humanitaire, rhétoriques de haine.
Et tandis que les alertes se succèdent, la communauté internationale semble osciller entre prudence diplomatique et silence embarrassé, comme si l’épuisement des conflits de l’Est congolais avait fini par anesthésier les consciences.
C’est dans ce contexte que Me Azarias Ruberwa, ancien vice-président de la République démocratique du Congo, a choisi de rompre une réserve jusque-là observée. Sa déclaration, rendue publique ce vendredi, sonne comme une mise en garde solennelle face à ce qu’il décrit comme une dégradation dramatique de la situation sécuritaire et humanitaire dans les Hauts Plateaux, en particulier dans la commune de Minembwe.
L’ancien vice-président dénonce d’abord le non-respect du cessez-le-feu par le gouvernement congolais, négocié sous médiation angolaise et soutenu par les États-Unis d’Amérique. Ce mécanisme, censé ouvrir un espace d’apaisement, serait resté lettre morte sur le terrain. Les combats se poursuivent, affirme-t-il, et les affrontements entre forces en présence alimentent une spirale de violence dont les civils paient le prix le plus lourd.
Selon ses accusations, une coalition composée des Forces armées de la RDC (FARDC), de contingents burundais, de groupes Maï-Maï et des FDLR aurait intensifié ses attaques contre des zones habitées majoritairement par des Banyamulenge. Les frappes par drones, notamment, seraient devenues une réalité quotidienne au cours des deux dernières semaines.
Ruberwa évoque des victimes allant des plus jeunes aux plus âgées : un nourrisson retrouvé sans vie dans les décombres d’une maison détruite ; une femme centenaire abattue à bout portant. Ces exemples, livrés avec gravité, visent à illustrer le caractère indistinct et meurtrier des violences dénoncées.
« La population est cruellement pourchassée », affirme-t-il, décrivant un feu combiné de drones et d’armes lourdes frappant au cœur des zones civiles. Plus encore, il accuse les forces gouvernementales d’avoir recours à la famine comme arme de guerre, en imposant un siège humanitaire destiné à affaiblir et à contraindre les communautés au déplacement.
L’allégation est lourde : utiliser la privation de vivres comme instrument stratégique constituerait une violation grave du droit international humanitaire.
Face à ce qu’il qualifie d’attaques ciblées et répétées, Azarias Ruberwa exige l’ouverture immédiate d’une enquête internationale indépendante afin d’établir les responsabilités et de qualifier juridiquement les crimes allégués. Il met en garde contre le risque d’une épuration ethnique consommée, rappelant que des alertes similaires ont déjà été formulées par les Nations unies au sujet des Hauts Plateaux.
Si aucune action rapide n’est entreprise, prévient-il, le déracinement redouté depuis près d’une décennie pourrait devenir irréversible.
Son propos s’inscrit également dans une défense du principe d’égalité citoyenne. Les populations d’Uvira et de Minembwe, souligne-t-il, sont égales en droits et en dignité. Il appelle le gouvernement congolais ainsi que la communauté internationale à veiller scrupuleusement au respect de cette égalité, sans discrimination aucune.
De son côté, l’AFC/M23 impute aux FARDC et à leurs partenaires Wazalendo, FDLR, mercenaires étrangers, forces burundaises des bombardements aveugles, des massacres systématiques et des déplacements forcés.
Dans ce climat saturé d’accusations réciproques, la parole d’Azarias Ruberwa introduit un élément distinct : elle recentre le débat sur la vulnérabilité d’une communauté précise et sur le risque d’une violence à caractère identitaire.
Quelles que soient les responsabilités exactes, que seule une enquête rigoureuse pourrait établir, la gravité des allégations commande une action urgente.
Le drame des Hauts Plateaux ne saurait être réduit à un épisode supplémentaire d’un conflit chronique. Il pose une question plus fondamentale : celle de la protection effective des civils dans un espace où les cessez-le-feu se succèdent sans produire de trêve tangible. Si les mécanismes diplomatiques ne se traduisent pas en garanties concrètes sur le terrain, ils risquent de perdre toute crédibilité.
A l’heure où les regards internationaux sont sollicités par d’autres crises, le sort des Tutsi congolais de Minembwe ne devrait pas devenir une variable d’ajustement de la fatigue diplomatique. L’alerte lancée par Me Azarias Ruberwa engage une responsabilité collective : celle de vérifier les faits, de protéger les populations et de rappeler que, dans toute configuration militaire, le droit des civils à la sécurité demeure intangible.
L’histoire récente de la région enseigne que les silences prolongés nourrissent les tragédies durables. La question, désormais, est de savoir si l’alerte sera entendue comme une clameur partisane de plus, ou comme un signal précoce qu’il serait encore temps de prendre au sérieux.














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