L’ombre du zaïre sur Bujumbura : Comment le Burundi transforme les réfugiés en armes de guerre

Redigé par IGIHE
Le 21 janvier 2026 à 10:10

Le fantôme du Zaïre plane de nouveau sur la région des Grands Lacs, s’installant cette fois à Bujumbura où le Burundi semble rejouer la stratégie la plus mortelle de son voisin de 1996.

Sur la plaine de la Ruzizi, les camps de réfugiés s’étendent désormais à perte de vue, abritant plus de 101 000 civils congolais ayant fui la chute d’Uvira devant la rébellion du M23 à la fin de l’année 2025.

Ce qui se déroule aujourd’hui présente une ressemblance troublante avec la catastrophe documentée par le chercheur Howard Adelman lors de la crise zaïroise, où les réfugiés cessent d’être de simples victimes pour devenir des instruments de légitimation politique, des sources de revenus et des boucliers humains.

Pour le régime du président Évariste Ndayishimiye, confronté à une fragilité économique chronique et à un isolement diplomatique croissant, l’arrivée massive de ces populations offre une opportunité politique inattendue.

En se présentant comme un havre humanitaire face à ce qu’il qualifie d’agression rwandaise, le Burundi utilise le corps des réfugiés comme un levier pour retrouver une centralité sur la scène régionale. Pourtant, ce récit officiel se fissure face aux rapports de l’Organisation citoyenne pour la paix et la cohabitation communautaire, qui a documenté au moins 105 décès en deux semaines dans les camps de transit, causés par la négligence et des conditions de vie indignes.

L’enfermement des réfugiés, auxquels on refuse tout corridor humanitaire pour retourner en République démocratique du Congo, transforme des lieux comme Cishemere en véritables zones de détention politique.

Parallèlement, l’aide humanitaire internationale est devenue une rente vitale pour un État soumis à de fortes contraintes budgétaires, reproduisant le schéma kleptocratique observé jadis au Zaïre. Des rapports font état d’un contrôle personnalisé de ces flux, suggérant que des fonds privés destinés à l’assistance directe auraient été interceptés par des réseaux proches de la Première dame, Angéline Ndayishimiye.

En fermant le poste-frontière de Gatumba dès le 10 décembre 2025, les autorités burundaises ont transformé l’urgence humanitaire en un outil de négociation cynique, exigeant des concessions politiques et des financements en échange de la gestion d’une crise qu’elles contribuent à prolonger.

La dimension la plus alarmante de cette crise réside toutefois dans la militarisation des camps, réveillant le syndrome du réfugié-combattant qui avait déclenché la première guerre du Congo.

Des milliers de combattants FARDC, FDLR et milices Wazalendo ont franchi la frontière aux côtés des civils après l’effondrement de leurs positions à Uvira. À Bukinanyana, plus de 3 000 soldats et miliciens seraient actuellement hébergés et nourris par l’État burundais dans des infrastructures civiles, effaçant délibérément la distinction entre réfugiés et combattants.

Cette indistinction institutionnalisée expose les civils à une riposte imminente de l’AFC/M23, risquant de transformer les sites de Cibitoke et Ruyigi en fosses communes. Sans une démilitarisation immédiate, l’histoire des Grands Lacs s’apprête à se répéter dans une nouvelle déflagration régionale.

Le fantôme du Zaïre plane de nouveau sur la région des Grands Lacs, s’installant cette fois à Bujumbura où le Burundi semble rejouer la stratégie la plus mortelle de son voisin de 1996

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