La candidature de la polémique ou le symptôme d’une diplomatie d’apparat

Redigé par Tite Gatabazi
Le 27 février 2026 à 12:31

La RDC sous Felix Tshisekedi se caractérise par une gouvernance en dissonance, par l’absence d’harmonie entre la parole publique et l’action effective, entre l’ambition proclamée et la capacité réelle d’exécution, entre la stratégie annoncée et la cohérence institutionnelle qui devrait la sous-tendre.

Elle révèle un pouvoir fragmenté, où les initiatives surgissent sans orchestration préalable, où la communication supplante la concertation, et où l’État, au lieu de parler d’une voix claire et unifiée, laisse percevoir des inflexions contradictoires, des rivalités implicites et des priorités mouvantes.

Dans un tel contexte, la décision politique cesse d’être l’aboutissement d’une délibération rigoureuse pour devenir l’expression d’impulsions successives, donnant à l’action publique l’allure d’une partition inachevée, dont les notes discordantes affaiblissent la crédibilité nationale et troublent la lisibilité de la trajectoire collective.

Le 26 février 2026, à Kinshasa, les autorités de la République démocratique du Congo ont officiellement présenté la candidature de Madame Juliana Amato Lumumba au poste de Secrétaire générale de l’Organisation internationale de la Francophonie. L’annonce se voulait solennelle, stratégique, presque providentielle : il s’agirait, selon la formule consacrée, de « porter une Francophonie plus forte, solidaire et influente au service des peuples ».

Mais derrière l’emphase rhétorique et l’ornement diplomatique, nombre d’observateurs discernent moins une vision structurée qu’un geste d’humeur, moins une stratégie d’influence qu’une manœuvre de circonstance.

La diplomatie du fracas : entre gesticulation et vacuité stratégique

La diplomatie, lorsqu’elle se réduit à l’ostentation, cesse d’être un art pour devenir un spectacle. Or, à Kinshasa, sous l’impulsion du président Félix Tshisekedi et de son entourage ministériel, semble s’être installée une culture de l’effet immédiat, du coup d’éclat confondu avec l’action de fond.

La réflexion stratégique, qui suppose patience, cohérence et hiérarchisation des priorités, paraît avoir cédé la place à une politique de l’annonce, où l’on multiplie les initiatives spectaculaires sans en mesurer ni l’opportunité ni les conséquences.

Cette candidature à la tête de la Francophonie s’inscrit dans cette logique. Elle surgit dans un contexte où la reconduction de Madame Louise Mushikiwabo, actuelle Secrétaire générale, semblait bénéficier d’un large assentiment parmi la quasi-totalité des États membres.

En diplomatie multilatérale, le consensus n’est pas une donnée secondaire : il constitue l’armature même de la stabilité institutionnelle. Contester une reconduction largement plébiscitée ne relève pas d’un crime politique ; mais le faire sans coalition préalable, sans travail patient de persuasion, sans projet alternatif clairement articulé, confine à l’improvisation.

La République démocratique du Congo, forte de son poids démographique et de son importance géopolitique en Afrique centrale, dispose assurément d’atouts pour prétendre à des responsabilités internationales. Encore faut-il que ces ambitions s’inscrivent dans une stratégie globale, articulée autour d’alliances solides et d’objectifs lisibles.

A défaut, la candidature apparaît comme un acte isolé, presque solitaire, davantage destiné à produire un effet médiatique interne qu’à construire une majorité externe.

L’écran de fumée : diversion extérieure et drames intérieurs

Il serait toutefois réducteur de ne voir dans cette initiative qu’une maladresse diplomatique. Elle s’inscrit dans une séquence plus large, marquée par une multiplication d’annonces à forte charge symbolique, dont l’efficacité concrète demeure incertaine.

Le sponsoring controversé du club de football AS Monaco, aujourd’hui objet de contentieux judiciaires et de critiques acerbes, en offre un précédent éloquent. Présentée naguère comme un levier d’image et de rayonnement international, cette opération s’est muée en embarras institutionnel.

La répétition de ces initiatives suggère une constante : le recours au spectaculaire comme substitut à la réforme structurelle. Pendant que les communiqués exaltent la stature internationale de Kinshasa, les crises internes persistent, voire s’aggravent. Les tensions sécuritaires à l’Est, les fragilités économiques, les contestations sociales, les carences des services publics composent une litanie que nul artifice diplomatique ne saurait dissiper.

Lorsque l’action extérieure devient un théâtre destiné à occulter les drames intérieurs, elle perd sa noblesse et sa crédibilité.

En ce sens, la candidature de Madame Lumumba peut être interprétée comme un écran de fumée : un objet polémique occupant l’espace médiatique, polarisant les débats et reléguant au second plan les urgences nationales. L’énergie politique se trouve absorbée par la défense ou la critique d’une initiative internationale, tandis que les réformes indispensables peinent à voir le jour.

La cacophonie au sommet : symptôme d’une gouvernance fragmentée

Au-delà de l’opportunité même de la candidature, c’est la méthode qui interroge. Une politique étrangère cohérente suppose une unité de commandement, une coordination étroite entre la présidence, le gouvernement et le corps diplomatique. Or, les signaux envoyés par Kinshasa donnent parfois l’impression d’une cacophonie au sommet de l’État, où les initiatives surgissent sans harmonisation préalable, où la communication précède la concertation.

Cette dissonance affaiblit la crédibilité internationale du pays. Les partenaires étrangers, qu’ils soient africains, européens ou américains, scrutent moins les proclamations que la constance des positions. Une diplomatie qui varie au gré des impératifs internes ou des impulsions du moment risque de voir sa parole relativisée, voire suspectée.

Il ne s’agit pas ici de contester le droit souverain de la République démocratique du Congo à présenter un candidat à une organisation multilatérale. Ce droit est incontestable. Mais le droit n’épuise pas la question de la pertinence.

Dans un environnement international compétitif, chaque candidature engage le prestige national ; chaque échec éventuel peut être interprété comme un revers symbolique. La prudence stratégique n’est pas un renoncement : elle est une condition de l’efficacité.

Entre ambition légitime et désordre stratégique

La candidature de Madame Juliana Amato Lumumba aurait pu être l’expression d’une ambition mûrement réfléchie, adossée à un projet clair pour la Francophonie et soutenue par une coalition d’États convaincus. Elle apparaît, aux yeux de ses détracteurs, comme l’illustration d’une gouvernance dominée par l’urgence médiatique, la recherche du sensationnel et la confusion entre communication et action.

Ainsi se dessine le paradoxe congolais : un pays aux potentialités immenses, capable d’aspirer légitimement à un rôle majeur sur la scène internationale, mais dont l’action se trouve entravée par une absence de cohérence stratégique au sommet.

Tant que la diplomatie demeurera un théâtre d’annonces plutôt qu’un instrument patient de construction d’alliances, les initiatives, fussent-elles audacieuses, risqueront de se dissoudre dans la polémique.

La Francophonie mérite un débat de fond ; la République démocratique du Congo mérite une stratégie à la hauteur de ses ambitions. Entre les deux, il y a l’exigence d’un État qui pense avant d’agir, qui planifie avant d’annoncer et qui gouverne non dans la clameur, mais dans la clarté.

La proposition de Juliana Amato Lumumba à la tête de l’OIF par la RDC est davantage perçue comme un acte politique qu’une stratégie diplomatique structurée

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