Chaque mot y résonne comme une cloche de vérité, dénonçant avec une gravité inexorable les atteintes portées à la dignité et à l’intégrité des victimes, et mettant en lumière l’urgence impérieuse d’une réaction morale et humanitaire qui ne saurait plus se faire attendre.
Je me proclame d’abord femme Tutsi congolaise, et je le fais avec gravité, car mon identité n’est pas rhétorique politique : elle est ma vie, mon corps, mon histoire et ma survie. Depuis mon entrée dans l’âge adulte, j’ai affronté la haine, le génocide et les discours qui désignent les Tutsi congolais comme ennemis, souvent au prix de sacrifices intimes et douloureux.
Je suis une survivante, porteuse de récits qui ne s’effacent jamais, qui hantent et enseignent à jamais la cruauté dont l’homme est capable envers ses semblables.
Aujourd’hui, lorsque j’entends un porte-parole de l’armée nationale réduire en public les femmes Tutsi à des instruments de conspiration, je n’entends pas une analyse, mais une prophétie mortelle.
Ces mots sèment une haine qui a déjà coûté des milliers de vies et qui, si elle n’est pas immédiatement dénoncée, tuera encore. L’histoire nous a suffisamment prévenus : réduire une femme à un corps dangereux, à un agent de l’ennemi, prépare inexorablement l’extermination.
Pendant l’Holocauste, les femmes juives furent accusées de reproduire une “race ennemie”, leurs corps violés sous couvert de sécurité, leur maternité criminalisée. Leur déshumanisation précéda leur massacre.
Aujourd’hui, dire qu’une femme Tutsi est un cheval de Troie, que son utérus est une arme, que ses enfants ne sont pas pleinement humains, ce n’est pas un discours politique : c’est un poison dirigé contre l’humanité elle-même.
Dans la région des Grands Lacs, nous connaissons la tragique continuité de ces paroles : les femmes Tutsi ont été violées, mutilées, assassinées, non par hasard, mais parce que leur chair incarnait l’altérité, leur corps devenait cible et leur foyer un champ de suspicion.
Une telle parole émanant de l’autorité transforme le mariage, la maternité, et la vie domestique en champs de guerre.
Indignation mondiale et responsabilité face au crime verbal
A vous, Présidence de la RDC, il est impératif de comprendre que le monde observe : poursuivre la banalisation de la haine ou l’entretenir équivaut à choisir la complicité avec le génocide. Les femmes Tutsi congolaises ne sont pas des abstractions, elles ne sont pas des “corps” à instrumenter pour des objectifs politiques.
Elles sont des citoyennes, des mères, des épouses, des êtres humains. Chaque insinuation qui remet en question leur loyauté, chaque accusation qui profane leur maternité, chaque mot qui transforme leur identité en menace, est un crime moral et symbolique qui prépare l’horreur physique.
Nous exigeons que la communauté internationale rompe son silence. Il ne suffit plus de condamnations isolées et timides. La dignité des femmes Tutsi exige une réprobation ferme, solennelle et immédiate. Tout discours de haine visant leur chair, leur identité et leur humanité doit être confronté par la loi, la diplomatie et la morale universelle. Leur survie ne peut dépendre de la complaisance des puissants : elle réclame vigilance, action et justice.
Nous, survivantes, témoins, citoyennes et défenseures, proclamons avec force : la parole qui déshumanise tue et le monde ne saurait fermer les yeux. Toute omission, toute inertie face à ce crime verbal serait complicité.
L’histoire jugera ceux qui se taisent, tout comme elle jugera ceux qui choisissent de protéger la vie et la dignité de l’humanité tout entière.














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