La désillusion identitaire et le dépassement du communautarisme émotionnel

Redigé par Tite Gatabazi
Le 20 janvier 2026 à 11:39

La récente volte-face de Fiston Mukunayi, ancien ardent défenseur de Félix Tshisekedi, illustre de manière saisissante l’irruption d’une lucidité politique au sein d’une communauté longtemps façonnée par l’ethno-centrisme.

En effet, Mukunayi, influent dans les sphères numériques et sociales, a incarné l’exemplarité du soutien identitaire, celui qui célébrait l’accession au pouvoir d’un compatriote du Kasaï comme une victoire tribale. Toutefois, à l’aune d’une réflexion critique et d’une honnêteté intellectuelle mûrie par l’expérience, il constate que la simple appartenance ethnique ne saurait constituer un critère suffisant pour légitimer un engagement politique durable.

« Le Congo est infiniment plus grand que ma tribu », écrit-il avec une gravité assumée, rappelant à chacun que l’allégeance communautaire, lorsqu’elle est exclusive et aveugle, conduit inévitablement à une distorsion du jugement et à l’érosion du sens du bien commun.

Le geste de Mukunayi ne se limite pas à une simple dénonciation de l’ethno-centrisme : il traduit une prise de distance symbolique, un refus de laisser le confort identitaire guider la conscience civique.

Être Luba, insiste-t-il, ne se résume pas à une célébration ethnique automatique ; être Luba, c’est également savoir s’élever contre les compromissions d’un pouvoir qui trahit l’intérêt général, même lorsque ce pouvoir est incarné par l’un des siens.

Cette remise en question traduit un phénomène plus large : l’affirmation du primat de la citoyenneté sur l’ethnicité. Le tribalisme, dans sa forme la plus insidieuse, fonctionne comme un anesthésiant de la critique, transformant les citoyens en supporters serviles et neutralisant la capacité d’exigence envers le pouvoir.

Or, la survie et la prospérité du Congo, avertit Mukunayi, ne sauraient se concevoir dans le cadre étroit de loyautés communautaires, mais seulement au sein d’un engagement rationnel et universel envers l’État et la nation.

Du confort identitaire à la responsabilité historique : la nation comme impératif moral
L’argumentation de Mukunayi transcende le cadre d’une simple déception politique : elle s’inscrit dans une réflexion éthique et civique de portée historique. Le pouvoir, souligne-t-il, n’est pas un honneur conféré à une tribu ou à un groupe identitaire ; il est une responsabilité historique dont la nature dépasse les contingences personnelles ou communautaires.

La loyauté tribale ne peut se confondre avec le patriotisme : confondre les deux, c’est compromettre la cohésion nationale et condamner l’ensemble du corps social à une fragilité structurelle.

En dénonçant la persistance de nombreux Luba à soutenir Tshisekedi pour des raisons exclusivement tribales, Mukunayi met en lumière une vérité implacable : aucune tribu ne peut survivre isolément dans un pays déliquescent.

Le Kasaï lui-même, avertit-il, ne peut s’épanouir que dans un Congo stable, fort et organisé. La lucidité impose donc de transcender le confort identitaire, d’accepter l’inconfort de la critique et de briser le lien émotionnel qui emprisonne dans la servilité.

Ainsi, le choix de Mukunayi s’inscrit dans une logique morale et civique : choisir la nation avant la tribu, l’intérêt collectif avant l’émotion identitaire. Ce geste, loin d’être une trahison, représente un acte de fidélité au Congo en tant que projet collectif. Il invite chaque citoyen à adopter une posture exigeante, capable de juger le pouvoir sur ses réalisations concrètes et non sur la parenté ethnique ou la nostalgie communautaire.

Dans cette perspective, le Congo devient un bien commun à protéger avec courage et discernement, un héritage dont la responsabilité collective transcende les intérêts particuliers.

Le retrait des Luba du cercle de soutien aveugle à Félix Tshisekedi constitue un tournant symbolique et politique d’une importance majeure. À travers la voix de Fiston Mukunayi, c’est l’appel à l’émancipation citoyenne qui se fait entendre : se départir des réflexes tribaux, assumer la critique et placer l’intérêt de la nation au-dessus des émotions communautaires.

Le Congo, avertit Mukunayi, n’a besoin ni de supporters, ni de champions ethniques, mais de citoyens exigeants, lucides et responsables. En choisissant le Congo avant sa tribu, il ouvre la voie à un patriotisme éclairé, fondé sur la vérité et la responsabilité historique, invitant chacun à réinventer le lien entre identité et engagement civique.

La récente volte-face de Fiston Mukunayi illustre l’émergence d’une lucidité politique au sein d’une communauté longtemps marquée par l’ethnocentrisme

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