La diplomatie confisquée par le népotisme et l’ethnicisation du pouvoir

Redigé par Tite Gatabazi
Le 19 janvier 2026 à 11:22

Le tribalisme institutionnalisé et le clientélisme érigés en modes ordinaires de gouvernance constituent, pour le gouvernement congolais, une pathologie politique dont les effets délétères dépassent largement les frontières nationales.

Sur la scène internationale, cette dérive se traduit par un spectacle affligeant, où la représentation officielle cesse d’être l’expression de la compétence et de l’intérêt général pour devenir le prolongement d’allégeances familiales, claniques ou circonstancielles.

Tantôt l’on voit se former, au sein de délégations censées incarner la République, une meute de membres de familles, pléthorique et ostentatoire ; tantôt surgissent des figures dont nul ne saurait dire, avec la moindre rigueur, ce qu’elles ont à faire dans de telles missions.

Plus grave encore, des individus sont mandatés au nom de la République démocratique du Congo dans des forums stratégiques de tout premier plan sans disposer ni de l’expérience requise, ni de la maîtrise élémentaire des dossiers, ni même du socle intellectuel minimal permettant d’appréhender la portée réelle des enjeux débattus autour de la table.

La représentation de l’État, qui devrait être le lieu de la compétence, de la rigueur et de la continuité stratégique, se transforme alors en une mise en scène affligeante de l’improvisation et de l’approximation.

La parole nationale, au lieu d’être portée par des esprits formés à la complexité des rapports de force internationaux, se voit confiée à des profils choisis pour leur proximité politique ou familiale et non pour leur aptitude à défendre avec autorité l’intérêt supérieur du pays.

Cette dérive a pour conséquence directe la dévaluation de la voix congolaise sur la scène internationale. Incapables de soutenir une argumentation cohérente, de décrypter les sous-entendus diplomatiques ou d’anticiper les implications à long terme des décisions discutées, ces mandataires exposent crûment leurs limites face à des interlocuteurs rompus à l’art de la négociation, méthodiques et stratèges.

Ce déficit de préparation et de hauteur de vue ne relève pas d’un simple embarras protocolaire : il constitue une faute politique lourde, car il affaiblit durablement la crédibilité de l’État, banalise son déclassement diplomatique et transforme chaque rencontre internationale en une occasion manquée, voire en une humiliation silencieuse mais persistante.

La fonction diplomatique, qui exige finesse analytique, mémoire institutionnelle et sens aigu de la négociation, se trouve ainsi dégradée en récompense clientéliste. Le résultat est une représentation affaiblie, fragmentée, parfois ridicule, qui trahit moins l’insuffisance des moyens que la faillite du discernement politique au sommet de l’État.

Humiliation internationale et défaite diplomatique programmée

Dans ces conditions, l’issue ne saurait surprendre. Lorsque ces délégués prennent la parole, ce n’est pas pour défendre avec autorité la position nationale, mais pour étaler un amateurisme confondant, exposé sans fard face à des interlocuteurs aguerris, stratèges, méthodiques et disciplinés.

La diplomatie n’est pas un exercice d’improvisation : elle est un art rigoureux, fondé sur la préparation, la cohérence et la continuité. Y envoyer des novices parachutés, c’est offrir à ses partenaires et adversaires une victoire sans combat.

Il n’est donc guère étonnant que la RDC sorte perdante de chaque bataille diplomatique. Les revers répétés ne sont pas le fruit d’une fatalité historique ni d’un complot permanent, mais la conséquence directe de choix politiques irresponsables.

En confiant les destinées internationales du pays à des inexpérimentés, on ne récolte ni respect ni concessions, mais l’humiliation.

Tant que le tribalisme et le clientélisme continueront de dicter la composition des délégations et la désignation des représentants, la diplomatie congolaise restera prisonnière d’un cercle vicieux où l’indignité des pratiques internes se paie, au grand jour, par l’affaiblissement de la voix nationale et la dilution de la souveraineté sur la scène mondiale.

Sur la scène internationale, le gouvernement congolais fait de la représentation officielle un simple prolongement d’allégeances familiales ou claniques

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