En dénonçant, sur son compte X, « le rôle négatif du Qatar dans la médiation » ainsi que « l’usage de l’argent dans son influence sur les États-Unis », le chef de la diplomatie burundaise n’a pas simplement commis une imprudence : il a entrouvert le rideau sur la véritable perception que son gouvernement nourrit à l’égard de l’émirat qatari et de son activisme régional.
La suite de la scène relève presque du théâtre politique classique. Dans la foulée de cette sortie digitale mal maîtrisée, le président Evariste Ndayishimiye s’est empressé de reprendre la main en saluant, d’un ton compassé, « l’excellence des relations bilatérales avec le Qatar » et « le rôle crucial » que ce dernier jouerait dans les efforts de médiation en République démocratique du Congo.
La contradiction est si flagrante qu’elle en devient éloquente : le président dément son ministre sans réellement démentir la conviction qui transparaissait dans ce message fugitif, comme si l’on tentait de couvrir d’un vernis protocolaire une vérité déjà proclamée.
Il serait vain et naïf de réduire l’épisode à une simple bourde d’un ministre maladroit. Bien au contraire, le responsable burundais a dit tout haut ce que, manifestement, l’on pense tout bas, à Bujumbura comme dans certaines capitales alliées, notamment à Kinshasa.
Le véritable drame n’est pas le propos lui-même, mais l’incapacité à discerner les registres : ce qui relève de la confidence feutrée, des apartés diplomatiques, des murmures de couloirs et ce qui, au contraire, engage la parole officielle d’un État sur la scène internationale.
Cette confusion entre le privé et le public, entre le murmure et la déclaration solennelle, trahit une méconnaissance inquiétante des exigences de la fonction ministérielle. Gouverner, et plus encore conduire la diplomatie, suppose une maîtrise de soi, une pesée de chaque mot, la conscience aiguë que la parole publique n’est jamais anodine et qu’elle produit des conséquences concrètes dans le jeu des équilibres régionaux.
Publier puis effacer ne revient pas à annuler : la mémoire numérique est implacable et ne pardonne ni les emballements, ni les imprudences.
Reste alors une interrogation majeure : le ministre s’est-il trahi ou s’est-il révélé ? Tout porte à croire que sa sortie ne relève ni de la distraction ni de l’ignorance, mais d’une conviction intime, conviction qu’il partage très probablement avec le chef de l’État lui-même. Le recul précipité n’a été qu’un geste de convenance diplomatique destiné à circonscrire l’incendie, sans en éteindre la braise.
Ainsi se dessine le portrait d’une diplomatie dissonante, oscillant entre ce que l’on pense, ce que l’on dit, et ce que l’on se voit contraint de démentir officiellement. Or, en matière internationale, la crédibilité d’un État tient à l’alignement entre sa parole et sa pensée.
Là où s’installent les contradictions publiques, se fissurent la confiance et le respect. Le reste n’est que rhétorique de circonstance.














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