En affirmant qu’il n’y aura « plus de négociation » avec l’AFC/M23 et en déclarant sa détermination à « se battre », le chef de l’État substitue à la raison d’État le réflexe de surenchère verbale et militaire. Une telle rhétorique, loin de manifester la force tranquille de l’autorité, révèle une conception réductrice du pouvoir politique, assimilé à la confrontation permanente.
Le recentrage de son appareil de lobbying, délaissant le Qatar pour le confier aux Émirats arabes unis, participe du même paradigme. S’en remettre à un partenaire dont les liens avec Éric Prince, figure emblématique des sociétés militaires privées et divers réseaux de mercenariat actifs au Soudan sont largement documentés, ne relève pas d’une stratégie souveraine.
C’est, au contraire, le symptôme d’une inquiétante privatisation de la diplomatie et de la sécurité nationale, où les intérêts d’État se brouillent avec ceux d’acteurs militaro-affairistes dont les logiques échappent au contrôle démocratique.
Plus grave encore, cette orientation n’est pas compensée par une vision diplomatique cohérente. Après avoir tenté, sans succès, d’insérer sa main dans la relation complexe entre le Rwanda et l’Ouganda, le président Tshisekedi s’est tourné vers le Tchad et l’Angola dans l’espoir d’obtenir un appui militaire décisif.
Là encore, les résultats sont demeurés pour le moins ténus. Ces volte-face, ces paris successifs et non aboutis, offrent au monde l’image d’une diplomatie hésitante, faite de tergiversations, de repositionnements hâtifs et d’alliances éphémères. Sur la scène internationale, cette inconstance est d’autant plus rédhibitoire qu’elle altère la crédibilité de la parole d’État et affaiblit durablement la capacité d’influence.
Entre entêtement et isolement : l’impasse stratégique
La fermeture déclarée à toute négociation politique, combinée à la recherche d’alliances obscures et à la tentation de l’escalade militaire, installe le pouvoir congolais dans une logique d’isolement progressif. La gouvernance par la menace et par la gesticulation sécuritaire ne saurait se substituer à la construction patiente du consensus national et régional.
Ce choix politique fait dangereusement écho à certaines attitudes observées ailleurs en Amérique latine, où la confusion entre résistance et obstination, souveraineté et fuite en avant, a conduit à la crispation autoritaire.
Ainsi, en privilégiant la rhétorique martiale au détriment du dialogue, en multipliant les alliances à géométrie variable et en déléguant une partie de la diplomatie à des acteurs privés ou para-étatiques, le pouvoir s’expose à une double sanction : extérieure, par la perte de confiance de partenaires internationaux et intérieure, par l’exacerbation des tensions et la militarisation de la vie politique.
L’État se trouve alors paradoxalement affaibli par ceux-là mêmes qui prétendent le défendre, et la population demeure la première victime de cette impasse stratégique.
Aujourd’hui, nul observateur sérieux ne peut ignorer que les hésitations, les revirements et l’absence de ligne directrice lisible ont fini par révéler une inconstance difficilement pardonnable en diplomatie.
Or, dans le concert des nations, la cohérence et la prévisibilité valent autant que la puissance matérielle : elles fondent la confiance. Faute d’avoir tiré profit des instruments du dialogue et de la négociation et faute d’avoir inscrit son action dans une vision cohérente et assumée, le pouvoir congolais risque de n’engranger que l’isolement, la défiance et la prolongation de crises que la sagesse politique aurait dû s’attacher à résorber.














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