La tragédie silencieuse des exilés congolais

Redigé par Tite Gatabazi
Le 7 janvier 2026 à 01:38

Le destin des réfugiés congolais disséminés dans les camps du Burundi s’écrit trop souvent dans l’encre fade de l’indifférence et du calcul.

Les décès en cascade observés ces dernières semaines dans certains camps ne constituent pas seulement une macabre statistique supplémentaire ; ils signent, plus profondément, la faillite morale d’un système politique et humanitaire où la personne humaine cesse d’être une fin pour n’être plus qu’un instrument.

Derrière chaque vie brisée se profile une question lancinante : combien de morts faudra-t-il encore pour que cesse cette tragédie silencieuse ?

Ces populations se trouvent, de fait, prises en otage par des volontés politiques antagonistes, par un gouvernement davantage soucieux de postures diplomatiques que de la sauvegarde concrète des existences humaines.

La crainte d’un retour sécurisé dans les zones aujourd’hui pacifiées, la méfiance à l’égard de toute solution durable, et les arrière-pensées stratégiques transforment ces femmes, ces hommes et ces enfants en simples variables d’ajustement. La sécurité qui leur est refusée n’est pas seulement physique : c’est la dignité même qui leur est niée.

A cette arithmétique froide s’ajoute parfois le cynisme discret d’une certaine industrie humanitaire. Il serait naïf d’ignorer que la permanence des camps, leur extension et leur visibilité constituent, pour certains acteurs, la condition d’accès à des financements, à des programmes et à des rentes de compassion internationale.

Lorsque le malheur des populations devient le carburant d’un système bureaucratique mondialisé, l’humanitaire se pervertit et se confond dangereusement avec une économie de la détresse. Les réfugiés cessent alors d’être des sujets de droits pour devenir des prétextes budgétaires.

Ainsi, les Congolais meurent moins seulement de maladie, de dénuement ou d’abandon que d’un ensemble d’intérêts qui les dépassent et les écrasent. Ils meurent d’une diplomatie sans âme, d’une gouvernance sans responsabilité, d’un humanitarisme parfois vidé de son éthique fondatrice.

Leur sort révèle l’hypocrisie des discours emphatiques sur les droits humains lorsqu’ils ne sont pas suivis d’actions courageuses, rapides et sincèrement orientées vers le bien des personnes.

Il importe dès lors de rappeler avec force que nul calcul politique, aucune rhétorique sécuritaire, aucun agenda institutionnel ne saurait justifier la prolongation délibérée de la souffrance humaine. Les réfugiés ne doivent plus être les otages d’un bras de fer entre capitales, ni les otages d’une économie internationale de projets. Ils ont droit, sans condition, à la protection, à la sécurité, à la possibilité de reconstruire leur existence dans la dignité.

L’heure n’est plus aux lamentations convenues, mais à l’exigence morale : celle d’interpeller les gouvernements, de questionner les ONG, et de rappeler à la communauté internationale que la vie congolaise ne peut être reléguée au rang de dommage collatéral.

Tant que les morts anonymes s’additionneront dans le silence des camps, c’est notre humanité commune qui sera défaite, lentement mais sûrement, sous le poids du cynisme et de l’indifférence.

Le destin des réfugiés congolais disséminés dans les camps du Burundi s’écrit trop souvent dans l’encre fade de l’indifférence et du calcul

Publicité

AJOUTER UN COMMENTAIRE

REGLES D'UTILISATIONS DU FORUM
Publicité