Or, lorsque celui-ci se voit soupçonné d’épouser les thèses d’une des parties en conflit, il cesse d’être un arbitre pour devenir, aux yeux des protagonistes, un acteur parmi d’autres sinon un relais diplomatique d’intérêts partisans.
C’est dans cette zone grise, lourde de soupçons et d’incompréhensions, que s’inscrit désormais l’action de Massad Boulos, homme d’affaires influent et conseiller principal pour l’Afrique de. Donald Trump, dont l’implication dans les processus de dialogue entre le Rwanda et la République démocratique du Congo, ainsi qu’entre Kinshasa et l’AFC/M23, avait initialement suscité un espoir mesuré.
Cependant, la multiplication récente de sanctions émanant de l’administration à laquelle il est associé, perçues, tant par certaines opinions publiques que par les parties visées, comme arbitraires, infondées et politiquement orientées a profondément altéré la perception de cette médiation.
Loin de renforcer la crédibilité du processus, ces mesures ont installé un doute corrosif : celui d’une médiation qui, progressivement, perdrait sa neutralité pour épouser la rhétorique de Kinshasa, au risque d’apparaître comme le prolongement diplomatique d’un des belligérants.
Une telle évolution n’est pas sans conséquences. Elle instille l’idée dangereuse selon laquelle toute collaboration avec l’AFC/M23, fit-elle légitime serait ipso facto condamnable.
Dans ce contexte, le dilemme de l’AFC/M23 se pose avec une acuité particulière. Peut-on, en effet, répondre favorablement à une nouvelle invitation de la médiation lorsque les engagements solennellement souscrits par la partie gouvernementale : cessez-le-feu, libération des prisonniers, cessation du discours de haine, levée du blocus de Minembwe sont restés lettre morte ?
Peut-on continuer à accorder du crédit à un processus dont les violations répétées se déroulent au vu et au su de la médiation elle-même, sans qu’aucune conséquence tangible ne soit tirée ?
L’accumulation de ces manquements, doublée d’une apparente indulgence à leur égard, nourrit une défiance croissante. Elle confère au silence ou à l’inaction du médiateur une signification politique qui dépasse la simple prudence diplomatique.
Dès lors, la question n’est plus seulement celle de la participation à un dialogue, mais celle de la crédibilité même du cadre dans lequel ce dialogue s’inscrit.
Refuser de s’asseoir à la table des négociations serait, pour l’AFC/M23, s’exposer à l’accusation d’obstruction et de radicalité. Mais y participer sans garanties sérieuses reviendrait à cautionner un simulacre de processus, où les engagements n’engagent que ceux qui y croient encore. Entre le risque de l’isolement et celui de l’instrumentalisation, le choix est d’une redoutable complexité.
Ainsi, plus qu’un simple calcul stratégique, le dilemme de l’AFC/M23 est révélateur d’une crise plus profonde : celle de la médiation internationale elle-même, lorsqu’elle se départit des exigences d’impartialité, de cohérence et de redevabilité.
Car sans ces piliers, toute initiative de paix est vouée à se dissoudre dans la défiance, laissant place à une conflictualité prolongée où la parole donnée ne vaut plus engagement, mais simple posture.
Il appartient dès lors au médiateur de restaurer, sans ambiguïté, les conditions d’une confiance minimale. À défaut, le processus de paix risque de n’être plus qu’un théâtre d’ombres, où les invitations au dialogue ne seraient que les préfaces d’un enlisement annoncé.














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