Urgent

La fabrique de la discorde ou quand le débat public abdique sa vocation unificatrice

Redigé par Tite Gatabazi
Le 7 mai 2026 à 11:04

A quel moment la délibération publique, essence même de toute vie démocratique, s’est-elle ainsi métamorphosée en un théâtre d’affrontements identitaires et de fractures savamment entretenues ?

Depuis l’avènement du régime en place, l’agenda politique semble s’être inexorablement orienté vers une stratégie de division, où l’altérité n’est plus perçue comme une richesse à intégrer, mais comme une menace à stigmatiser.

La controverse autour de l’expression « de père et de mère congolais », les procès en illégitimité intentés à des candidats qualifiés, non sans légèreté, « d’étrangers », ou encore les velléités de révision constitutionnelle présentées sous les traits d’une nécessité impérieuse, participent d’une même logique : celle d’une fragmentation méthodique du corps social.

Il ne s’agit plus de gouverner en fédérant, mais de régner en opposant. Nulle initiative d’envergure visant à réconcilier les composantes de la nation, nul projet porteur d’une vision transcendante capable de dépasser les clivages, mais une succession de postures et de discours qui érigent la division en mode opératoire.

La discrimination insidieuse, le soupçon généralisé, l’exaltation d’une pensée unique présentée comme horizon indépassable : tels semblent être les piliers d’une gouvernance qui confond autorité et exclusion.

Plus troublant encore est le fait que cette orientation ne relève pas d’une dérive accidentelle, mais paraît s’inscrire dans une intention assumée dès les premières heures du pouvoir. Que certains aient pu évoquer, sans détour, la perspective d’un accroissement inédit du nombre d’exilés, de réfugiés, de prisonniers politiques ou d’opprimés, confère à cette trajectoire une dimension inquiétante.

Une telle rhétorique, loin d’être anodine, dessine les contours d’un projet où la contrainte supplante le consentement, où la peur devient un instrument de régulation sociale.

L’empreinte d’un régime : entre mémoire des fractures et exigence d’espérance
Si l’histoire est, par essence, le tribunal ultime des régimes politiques, elle se montre implacable envers ceux qui auront fait de la division leur principal héritage.

Les nations ne se souviennent pas seulement des infrastructures bâties ou des réformes entreprises ; elles retiennent surtout la manière dont le pouvoir a traité son propre peuple, l’a-t-il uni ou dispersé, apaisé ou meurtri, élevé ou abaissé ?

Aucun pouvoir, si redoutable soit-il, n’est à l’abri de l’érosion du temps ni du jugement des peuples. Les régimes fondés sur la peur, l’exclusion et la négation de la pluralité finissent toujours par se heurter à leurs propres contradictions.

L’évocation d’une « terreur du dragon » traduit, au-delà de la métaphore, une angoisse collective face à un avenir perçu comme incertain, voire oppressif.

Mais l’histoire enseigne également que les périodes les plus sombres portent en elles les germes de leur dépassement. C’est dans l’épreuve que se forgent les consciences, que s’éveille l’exigence de justice, que se prépare la relève.

Il appartient dès lors aux citoyens, aux élites intellectuelles, aux forces vives de la nation de refuser la fatalité de la division et de réhabiliter l’idéal d’un débat qui unit, qui élève, qui éclaire. Car la véritable grandeur d’un État ne réside ni dans la contrainte qu’il impose ni dans les peurs qu’il suscite, mais dans sa capacité à rassembler autour d’un destin commun.

Ce qui demeurera, en définitive, comme le marqueur indélébile du régime en place, ne sera pas tant la somme de ses discours que la trace qu’il aura laissée dans la mémoire collective : celle d’un pouvoir qui aura choisi, face à la diversité, la voie de la fracture plutôt que celle de l’unité ou, espérons-le encore, celle d’un sursaut tardif vers la réconciliation.

Depuis l’avènement du régime en place en RDC, l’agenda politique semble s’être inexorablement orienté vers une stratégie de division, où l’altérité n’est plus perçue comme une richesse à intégrer, mais comme une menace à stigmatiser

Publicité

AJOUTER UN COMMENTAIRE

REGLES D'UTILISATIONS DU FORUM
Publicité