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Le ministre Nduhungirehe regrette le retrait de la MINUAR de l’ETO Kicukiro

Redigé par IGIHE
Le 12 avril 2026 à 02:04

Lors de la 32ᵉ commémoration du génocide contre les Tutsi, en mémoire des victimes de l’ETO Kicukiro, le ministre des Affaires étrangères et de la Coopération, Amb. Olivier Nduhungirehe, a affirmé que qualifier d’« abandon » le retrait des soldats belges de la Mission des Nations unies pour l’assistance au Rwanda (MINUAR), face aux dangers qui menaçaient les Tutsi sur ce lieu, constitue une minimisation des faits, décrivant plutôt cet acte de remise délibérée des victimes entre les mains de leurs bourreaux.

En effet, plus de 2 000 Tutsi qui s’y étaient réfugiés ésperant y trouver une protection des Casques bleus belges ont été abandonnés puis massacrés par les milices Interahamwe après le retrait des troupes, le 11 avril 1994.

Le ministre a souligné qu’un tel comportement est incompatible avec l’éthique militaire.

« Parfois, nous atténuons les termes en parlant d’abandon. Pourtant, lorsque ces soldats ont quitté les lieux en emportant leur matériel ainsi que leurs chiens, alors que des miliciens brandissant des machettes attendaient à l’extérieur, ils ne se sont pas contentés d’abandonner des civils : ils les ont livrés à leurs assassins. », a-t-il déclaré.

Olivier Nduhungirehe a situé cet épisode dans une analyse plus large du rôle des acteurs internationaux dans le génocide contre les Tutsi. Il a estimé que cette responsabilité s’inscrit dans une continuité historique remontant à la période coloniale, notamment sous l’administration belge, ayant instauré et institutionnalisé les divisions ethniques.

Nduhungirehe note le fait que cette implication se décline en trois grandes phases.

La première concerne la politique de division introduite par les colonisateurs belges, qui ont structuré la société rwandaise autour de classifications ethniques et encouragé des politiques discriminatoires.

Cette dynamique s’est poursuivie lors des violences de 1959, souvent présentées comme une « révolution sociale », puis entre 1961 et 1963, période au cours de laquelle plus de 35 000 Tutsi ont été tués et de nombreux autres contraints à l’exil, dans ce que le ministre qualifie de premier génocide, auquel des forces belges auraient également participé.

La deuxième phase correspond à la préparation du génocide. À partir de 1990, avec le déclenchement de la guerre de libération menée par le Front patriotique rwandais (FPR), des forces étrangères, notamment françaises, ont été déployées au Rwanda, où elles ont contribué à la formation des milices Interahamwe ainsi qu’à celle des Forces armées rwandaises (ex-FAR).

Le ministre a également rappelé les alertes lancées à l’époque, notamment par le général Roméo Dallaire, commandant de la MINUAR, qui avait signalé la présence d’armes destinées à être utilisées contre les Tutsi et demandé l’autorisation de les saisir. Ces demandes ont été rejetées, ayant été invité à en informer le président Habyarimana.

« Informer celui qui préparait le génocide relève, là encore, d’une grave défaillance des Nations unies », a-t-il souligné.

Amb. Nduhungirehe a en outre dénoncé la décision du Conseil de sécurité des Nations unies, le 21 avril 1994, d’adopter la résolution 912 réduisant drastiquement les effectifs de la MINUAR, passant de 2 548 à 270 soldats, en pleine période de massacres. « Alors que le pays était plongé dans le génocide, l’organisation censée prévenir de tels crimes a choisi de retirer ses forces », a-t-il regretté.

La troisième phase évoquée concerne la quête de justice et la reconnaissance officielle du génocide contre les Tutsi.

Selon Nduhungirehe, ce processus a été entravé par le refus de certaines grandes puissances d’utiliser cette appellation, préférant parler de « génocide au Rwanda », rappelant qu’il a fallu 26 ans pour que le 7 avril soit officiellement reconnu comme Journée internationale de commémoration du génocide contre les Tutsi de 1994, car la reconnaissance intervenue en 2020.

Le ministre a enfin lancé un appel à la jeunesse, l’exhortant à rester vigilante face à la persistance de l’idéologie du génocide. « Tous les Rwandais ne se sont pas encore défaits de cette idéologie, une partie de la jeunesse, notamment à l’étranger, adhérant encore à cette idéologie. J’appelle les jeunes à sensibiliser leurs pairs et, si nécessaire, à les confronter pour rétablir la vérité », a-t-il insisté.

La cérémonie de commémoration était précédée par une marche de mémoire, « Walk to Remember », suivie d’un dépôt de gerbes sur les tombes où reposent plus de 2 000 Tutsi qui s’étaient réfugiés à l’ETO Kicukiro avant d’être tués à Nyanza.

La cérémonie de commémoration était précédée par une marche de mémoire, « Walk to Remember »
La marche de mémoire a emprunté le chemin suivi par les Tutsi réfugiés à l’ETO Kicukiro, avant leur transfert vers la colline de Nyanza de Kicukiro où ils furent massacrés
L’ambassadrice de France au Rwanda a rendu hommage aux victimes en procédant au dépôt de gerbes de fleurs sur les tombes
Le ministre des Affaires étrangères et de la Coopération, l’ambassadeur Olivier Nduhungirehe, déposant une gerbe de fleurs en mémoire des victimes
Cette cérémonie a réuni différents responsables
Le Directeur général du RDB, Africa Jean-Guy, a également pris part à la 32ᵉ commémoration des Tutsi tués à Nyanza de Kicukiro
Le ministre Nduhungirehe a indiqué que qualifier d’« abandon » le retrait des soldats belges de l’ETO Kicukiro revient à minimiser les faits, qu’il décrit plutôt comme une remise délibérée des victimes à leurs bourreaux

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