Les Ngezayo sont une mémoire vivante du Nord Kivu, un témoignage vibrant et indélébile des luttes et des souffrances endurées par une famille qui incarne la dignité face à l’adversité.
La famille Ngezayo est de ceux-là. Leur rencontre ne laisse aucune place à l’indifférence, elle vous marque de manière irréversible, comme un chapitre gravé dans le livre du temps.
Victor, le père, s’exprime avec une sérénité envoûtante, un calme intérieur qui vous captive et vous pousse à l’écoute. A ses côtés, sa femme et leur fille, Nyota, contribuent à l’histoire, tissant les fils d’un récit fait de faits, de dates, de personnalités et d’événements marquants.
Ils ont traversé les âges, tout connus : l’ascension d’abord, fruit d’un travail acharné et d’une détermination sans faille, la fortune ensuite, si durement et légalement acquise.
Mais à côté de ces victoires se sont dressées les épreuves, les persécutions et les destructions d’une vie bâtie patiemment, réduite en cendres sous le poids de l’injustice, simplement parce qu’ils étaient « sujets tutsi ». Le destin, en voulant les enfermer dans une identité figée, a œuvré pour leur anéantissement.
Albert Ngezayo, leur frère, symbole de la conscience écologiste bien avant l’heure, a été une des premières victimes de ce déferlement de violence. On l’a assassiné, frappé au cœur de ses idéaux, de ses actions en faveur de la terre et de l’environnement, un martyr parmi tant d’autres.
Mais la cruauté ne s’est pas arrêtée là. Le fils a également payé un lourd tribut, victime de cette même barbarie, dans une tentative de réduire au silence toute une famille. La menace de l’exil a plané sur eux, comme elle a plané sur des milliers d’autres « sujets tutsi congolais », contraints à fuir, à se cacher, à perdre tout ce qui faisait leur essence.
Pourtant, et c’est là toute la grandeur des Ngezayo, ces blessures, ces cicatrices profondément ancrées dans leur chair, ne les ont pas fait plier. Loin de sombrer dans le désespoir, ils ont fait preuve d’une résilience exceptionnelle. Comme le roseau de La Fontaine, ils se sont courbés sous les coups du sort, mais n’ont jamais rompu. Ils restent debout, fiers, inébranlables face à l’adversité. Leur courage, leur dignité, leur résistance forcent l’admiration.
Passer un moment en leur compagnie, c’est se plonger dans l’histoire récente mais douloureuse du Nord Kivu, c’est se confronter à des réalités cruelles et inimaginables, c’est comprendre les contours d’une souffrance partagée, mais aussi la force de l’espoir et de la persévérance.
Depuis la prise de Goma par l’AFC/M23, un souffle nouveau semble avoir traversé leurs vies. Ils respirent à nouveau, reprennent le chemin des pâturages dans le Masisi, des champs de café dans le Rutshuru, redécouvrent une terre qui les a vus naître, une terre qu’ils n’ont jamais abandonnée malgré tout.
Mais ces souffrances ne sont pas un cas isolé. Des milliers d’autres « sujets tutsi congolais » ont payé le prix fort, ont été écrasés, sacrifiés pour un péché d’identité, pour un héritage ancestral qu’on voulait leur retirer. Leurs terres, chargées d’histoire, ont été souillées par la haine et la barbarie.
La mère des Ngezayo, avec un sourire empreint de tendresse, rappelle l’exclamation de sa propre grand-mère, et dans ces mots se trouve une consolation, une forme de résilience transmise de génération en génération.
Les Ngezayo ne sont pas seulement des témoins de l’histoire ; ils en sont aussi des acteurs, des témoins vivants de la force de l’esprit humain face aux pires épreuves. Leur récit, loin d’être un simple témoignage, est une leçon de vie. Une leçon de dignité, de courage, de solidarité. Ils incarnent, par leur existence même, le goût du partage, de la communion humaine, et l’amour inaltérable de la vie, malgré tout.
Il est donc vivement souhaité qu’un prochain séjour permette de relire ce livre infini, riche d’enseignements, et d’en tirer les leçons profondes qu’il contient. Les Ngezayo, dans leur grandeur, sont une invitation à la résistance, à la réflexion et à la réconciliation. Ils sont, en ce sens, des gardiens d’une mémoire essentielle, une mémoire qui, si elle est bien écoutée et entendue, peut ouvrir des portes vers un avenir plus juste et plus lumineux.

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