Quand l’indigence morale devient doctrine

Redigé par Tite Gatabazi
Le 21 janvier 2026 à 01:34

Ce n’est pas tant par l’apparat, ni même par la posture, que certaines figures du pouvoir révèlent leur nature profonde, mais par l’usage qu’elles font de la parole publique.

Chez Patrick Muyaya, la similitude avec les petites mains des régimes autoritaires ne relève pas du détail vestimentaire, mais d’une attitude plus insidieuse : celle de l’exécutant zélé, du relais docile, de l’agent discursif qui confond communication d’État et mission de mise au pas symbolique.

L’histoire des systèmes fascisants est jalonnée de ces personnages secondaires, médiocres mais indispensables, auxquels le centre du pouvoir délègue la besogne ingrate : harceler, stigmatiser, désigner, répéter. Ils ne pensent pas, ils récitent. Ils n’analysent pas, ils martèlent. Leur autorité ne procède ni de la profondeur intellectuelle ni de la hauteur morale, mais de la permission reçue d’agir sans scrupule au nom d’une cause prétendument supérieure.

C’est en cela que la parole devient uniforme. Elle n’informe plus, elle surveille. Elle n’éclaire plus, elle intimide. Elle cesse d’être un outil de médiation pour se muer en instrument de pression, voire d’hostilité symbolique, ciblant des groupes, des mémoires ou des récits avec une légèreté qui confine à l’irresponsabilité.

A ce stade, la communication cesse d’être politique ; elle devient policière.

Quand l’indigence morale devient doctrine

Il faut le dire sans détour : ce type de posture ne procède pas d’une stratégie sophistiquée, mais d’une médiocrité existentielle érigée en méthode. Une médiocrité qui ne se vit pas comme une limite, mais comme une ressource. Elle permet toutes les simplifications, toutes les amalgames, toutes les outrances, précisément parce qu’elle s’affranchit de la complexité, de l’histoire et de l’éthique.

Lorsque la parole publique glisse vers des rhétoriques de désignation, de suspicion ou de stigmatisation, notamment sur des questions aussi graves que les identités et les mémoires meurtries, elle ne trahit pas seulement une incapacité intellectuelle ; elle révèle une faillite morale.

Car nul responsable ne peut ignorer le poids des mots dans des contextes marqués par des tragédies historiques profondes. Feindre l’ignorance, ici, relève soit de l’incompétence, soit de la faute.

Les régimes autoritaires ne prospèrent pas seulement grâce à leurs chefs ; ils se nourrissent de ces relais secondaires qui trouvent dans la brutalité verbale une compensation à leur insignifiance politique. Ils deviennent les gardiens d’une orthodoxie creuse, les agents d’une propagande sans grandeur, les comptables d’un mensonge administré.

En définitive, ce n’est pas la virulence qui impressionne, mais la vacuité. Et ce n’est pas la violence symbolique qui inquiète le plus, mais la banalité de ceux qui l’exercent. Car l’histoire l’a montré à satiété : les grandes dérives commencent rarement avec des génies du mal ; elles s’installent par l’entremise de figures grises, obéissantes, persuadées que servir sans penser les absout de toute responsabilité.

Chez Patrick Muyaya, la ressemblance avec les régimes autoritaires tient à son rôle d’exécutant zélé d’une communication d’État de mise au pas symbolique

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