Selon ce document, le Lt Col Uwihoreye Charles, ancien officier des unités chargées de la sécurité présidentielle et ex-commandant de la gendarmerie à Ruhengeri, affirme que Kanziga figurait parmi les personnalités les plus influentes du régime et aurait été impliquée dans des décisions relatives aux violences contre les Tutsi à partir d’octobre 1990, au début de l’offensive du RPA.
Une lettre adressée à un officier français en 1994
Le document en question est une lettre datée du 24 juin 1994, adressée par le Lt Col Uwihoreye à Col René Galinié, ancien conseiller militaire à l’ambassade de France à Kigali entre 1988 et 1991. Dans cette correspondance, il livre des informations détaillées sur les massacres alors en cours dans plusieurs régions du Rwanda.
En 2022, Col Galinié a conservé cette lettre avant de la transmettre au professeur Vincent Duclert, président d’une commission d’enquête sur le rôle de la France au Rwanda entre 1990 et 1994.
Le quotidien Le Monde a publié ce document le 7 mai 2026, après autorisation de Col Galinié donnée au Prof. Duclert pour sa diffusion auprès de la presse.
La lettre évoque notamment des massacres commis par des unités militaires protégeant Habyarimana, dirigées par le Major Mugemana, contre des civils tutsi dans les communes de Kinigi et Kigombe (Ruhengeri) le 22 janvier 1991. Le lendemain, des menaces auraient également visé des membres de la famille de l’auteur.
Le Lt Col Uwihoreye décrit par ailleurs des violences contre les Tutsi à Bugesera et dans d’autres régions, notamment à Kibilira, attribuées aux Interahamwe soutenus par les forces de sécurité du régime, avec l’aval de responsables de haut niveau.
Il affirme que le pouvoir de l’époque privilégiait la répression des opposants politiques, les instructions provenant souvent de la Présidence sous forme d’ordres non écrits, plutôt qu’une stratégie militaire classique contre la rébellion du RPA.
L’« Akazu » au cœur du système décisionnel
Dans sa lettre, le Lt Col Uwihoreye indique que les ordres de violences contre les civils tutsi provenaient du cercle restreint du pouvoir connu sous le nom d’« Akazu » ou « Réseau Zéro », incluant le président Habyarimana, son épouse et des proches de leur entourage.
Il affirme que Habyarimana occupait le sommet de cette structure, suivi d’Agathe Kanziga, puis de Protais Zigiranyirazo, alias « Monsieur Z », frère de Kanziga et ancien préfet de Ruhengeri.
Selon ce même témoignage, l’ensemble des responsables politiques, militaires et économiques étaient contraints d’exécuter les directives de l’Akazu, à l’exception de Gasana James, alors ministre de la Défense, qui aurait refusé ces ordres et démissionné.
Le document évoque également une hiérarchie interne comprenant plusieurs figures militaires et civiles, souvent qualifiées de proches du cercle présidentiel.
Des officiers et responsables cités
Parmi les personnes mentionnées figurent notamment Col Élie Sagatwa, Rwabukumba Séraphin, Nzabagerageza Charles, Col Théoneste Bagosora, Lt Col Anatole Nsengiyumva, Lt Col Nkundiye, ainsi que d’autres responsables militaires et politiques tels que Pascal Simbikangwa, Matayo Ngirumpatse et Ferdinand Nahimana.
Ces individus sont décrits comme appartenant à l’entourage proche du pouvoir, certains ayant joué un rôle dans la coordination ou la mise en œuvre d’opérations violentes contre des civils.
Le Prof. Vincent Duclert indique que le Lt Col Uwihoreye avait servi le régime Habyarimana avec loyauté avant d’être arrêté en 1991 pour suspicion de trahison, une arrestation qu’il attribue à son appartenance tutsi. Il aurait ensuite été libéré grâce à l’intervention de Col Galinié, avant de reprendre ses fonctions militaires.
Duclert souligne que l’officier rwandais faisait confiance à Galinié, auquel il transmettait régulièrement des informations sensibles sur la situation sécuritaire du pays, ce dernier le considérant comme une source fiable.
Confirmation par des services de renseignement français
Un document des services de renseignement français (DGSE), daté du 22 septembre 1994, confirme que Habyarimana, Kanziga et Zigiranyirazo figuraient au sommet de l’Akazu, décrite comme un groupe d’« extrémistes hutu » opposés aux réformes démocratiques.
Ce document, révélé en 2019 par Mediapart et Radio France, mentionne également l’existence de militaires protégés par Kanziga et son entourage, impliqués dans des opérations contre des civils, surnommés les « Colonels de Madame ».
La lettre du Lt Col Uwihoreye n’a jamais été produite devant les juridictions. Elle pourrait toutefois constituer un élément supplémentaire dans les dossiers judiciaires liés à Agathe Kanziga, dans un contexte où la Cour d’appel de Paris a décidé, le 6 mai 2026, de relancer une enquête visant son rôle présumé dans les événements de 1994.














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