Les dérives de l’intégration des milices Wazalendo et la faillite de la responsabilité étatique en RDC

Redigé par Tite Gatabazi
Le 6 janvier 2026 à 08:30

La localité de Majunga, située à dix-sept kilomètres de Fizi, offre aujourd’hui le visage tragique d’un théâtre d’affrontements intracommunautaires dont les conséquences humaines et sociales se mesurent à l’angoisse des populations civiles sur les routes de l’exil.

Les Wazalendo issus de la communauté Bafuliro, placés sous le commandement du général Ngoma Nzito, se livrent à des combats meurtriers avec ceux de la communauté Babembe, conduits par le général Amuli Yakotumba.

Les confrontations entre ces deux factions n’ont pas seulement embrasé cette partie du territoire ; elles ont surtout provoqué, dès l’aube, un mouvement de déplacements massifs vers Kalemie et les frontières du Burundi, signe manifeste de la panique et de la perte de confiance dans la capacité des institutions publiques à protéger les citoyens.

L’on ne saurait cependant analyser ces événements comme de simples dérapages imputables à des acteurs armés indisciplinés. Ils s’inscrivent dans un cadre politique et institutionnel plus vaste, relevant directement de la responsabilité pleine et entière du gouvernement congolais.

C’est en effet le gouvernement lui-même qui a procédé à l’intégration des Wazalendo au sein des Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC), conférant ainsi une légitimité institutionnelle à des groupes dont la structuration, les allégeances identitaires et les logiques d’action n’avaient pas été préalablement assainies.

A Goma, le ministre Muhindo Nzangi s’était livré, lors d’une conférence de presse, à ce que l’on pourrait qualifier de « service après-vente » politique de cette intégration, en présentant celle-ci comme un gage d’efficacité sécuritaire et de restauration de l’autorité de l’État.

Or, les faits têtus s’imposent : loin d’avoir pacifié l’espace public, cette intégration précipitée a parfois favorisé la transposition, au cœur même de l’appareil d’État, de rivalités communautaires, d’agendas particuliers et de logiques de prédation.

On ne peut continuer à banaliser les exactions, les exécutions sommaires, les intimidations et les violences commises par ces groupes armés, qu’elles visent directement les civils, qu’elles prennent la forme de règlements de comptes avec les FARDC au détriment des populations, ou qu’elles se manifestent, comme aujourd’hui à Majunga, par des affrontements fratricides entre factions rivales.

Tout silence officiel, toute minimisation, toute rhétorique lénifiante à leur propos équivaut à une abdication morale et politique.

La responsabilité gouvernementale se trouve engagée à un double niveau. D’une part, par le choix politique d’intégrer des formations armées sans assainissement préalable, ni désarmement effectif, ni encadrement strict de la chaîne de commandement ; d’autre part, par la tolérance, parfois coupable, qui consiste à euphémiser ou relativiser les abus perpétrés, au nom d’une prétendue efficacité militaire à court terme.

Un État qui accepte que ses forces régulières se confondent avec des milices tribalisées se condamne lui-même à l’érosion de son autorité symbolique et à la délégitimation de son monopole de la violence légitime.

Il devient dès lors impératif de rappeler que la protection des populations civiles ne constitue pas une faveur condescendante, mais l’essence même du contrat social. Les scènes de fuite vers Kalemie et le Burundi témoignent moins d’un simple réflexe de survie que d’un constat accablant : celui d’un État dont les citoyens ne perçoivent plus la présence comme un rempart, mais comme une puissance hésitante, parfois ambiguë, et trop souvent silencieuse face aux dérives de ceux qu’il a lui-même armés et intégrés.

La RDC ne pourra durablement sortir du cycle de violence que si elle rompt résolument avec la logique périlleuse de la « milicianisation institutionnelle ».

Cela suppose un désarmement réel, une réintégration strictement encadrée, une justice impartiale et la fin de toute indulgence politique pour les auteurs d’exactions, quels qu’ils soient.

Autrement, les affrontements comme ceux de Majunga ne seront que les symptômes récurrents d’une maladie plus profonde : la démission de l’État face à sa mission première, protéger la vie et la dignité de ceux sur qui il exerce autorité.

Les Wazalendo Bafuliro, sous Ngoma Nzito, affrontent les Babembe d’Amuli Yakotumba dans des combats meurtriers

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