Quand la milice fait loi ou la souveraineté confisquée sur le lac Tanganyika

Redigé par Tite Gatabazi
Le 13 janvier 2026 à 02:10

L’interdiction décrétée par les Wazalendo de toute navigation sur le lac Tanganyika en provenance d’Uvira, de Baraka, de Kalemie et de Mboko, assortie de menaces explicites contre toute personne à bord, marque une rupture d’une extrême gravité dans l’ordre public et juridique.

En se substituant aux autorités légalement établies, ces groupes armés ne se contentent plus d’occuper des interstices de pouvoir : ils prétendent désormais en exercer l’intégralité, au mépris du droit, de la vie humaine et des principes les plus élémentaires de l’État moderne.

La proclamation selon laquelle tout passager serait assimilé à un ennemi, arrêté et sévèrement puni, ne relève pas d’un simple abus localisé ; elle constitue une prétention souveraine illégitime, une confiscation brutale des prérogatives régaliennes.

Les conséquences humaines de cette dérive sont immédiates et dramatiques. La population civile d’Uvira se trouve enfermée dans une nasse géographique et économique, privée de mobilité, de ravitaillement et de moyens de subsistance.

La fermeture concomitante de la frontière de Kavimvira avec le Burundi achève de transformer cette ville en enclave asphyxiée, livrée à l’arbitraire et à la peur. Lorsque les voies d’eau, historiquement vitales pour les échanges, deviennent des lignes de mort symboliques, c’est toute l’économie locale qui s’effondre, et avec elle la dignité quotidienne de milliers de familles.

Ce qui se joue ici dépasse largement la question sécuritaire. Il s’agit d’un constat implacable : celui de la faillite de l’État là où des milices sans foi ni loi se substituent aux institutions, dictent les règles de circulation, définissent l’ennemi et administrent la punition.

Un État qui tolère, par incapacité ou par calcul, la privatisation de la violence et de la souveraineté abdique sa raison d’être. Il ne protège plus ; il observe sa propre érosion.
Le lac Tanganyika, espace de vie et de commerce, se mue alors en théâtre d’une souveraineté parallèle, où la force brute supplante le droit et où l’exception devient la norme.

L’histoire enseigne que de telles dérives, lorsqu’elles ne sont pas stoppées avec fermeté, s’enracinent et se légitiment par la peur qu’elles produisent. Réaffirmer l’autorité de l’État ne saurait être un slogan creux : c’est une obligation morale et politique.

Faute de quoi, Uvira ne sera pas seulement bloquée ; elle deviendra le symbole tragique d’un pays où la loi se fragmente, où la citoyenneté se dissout et où la violence armée dicte, jour après jour, les contours d’un ordre illégitime.

L’interdiction des Wazalendo de toute navigation depuis Uvira, Baraka, Kalemie et Mboko, accompagnée de menaces, constitue une grave rupture de l’ordre public et juridique

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