L’événement attire particulièrement l’attention sur une forme rare et potentiellement grave de hantavirus, impliquant selon les enquêteurs le virus Andes, seule souche connue capable de transmission interhumaine.
Au 7 mai 2026, l’épidémie est liée à trois décès : deux ressortissants néerlandais et un passager allemand, un passager britannique étant actuellement hospitalisé en soins intensifs à Johannesburg, en Afrique du Sud. Par ailleurs, des cas confirmés et suspects sont suivis aux Pays-Bas, en Suisse et à Singapour.
Un navire international au cœur de l’enquête
Le navire battant pavillon néerlandais a quitté Ushuaia, en Argentine, le 1er avril, avec à son bord 147 passagers et membres d’équipage originaires de 23 pays.
Après l’apparition des premiers cas, le navire s’est vu refuser l’accostage au Cap-Vert et se dirige désormais vers Tenerife, dans les îles Canaries, tandis que les investigations se poursuivent sous coordination internationale.
Les autorités estiment que la contamination initiale aurait pu survenir avant ou durant les escales sud-américaines, suivie d’une propagation entre passagers dans les premiers stades de la maladie.
Les hantavirus sont généralement transmis à l’homme par contact avec l’urine, la salive ou les excréments de rongeurs, notamment dans des environnements clos ou mal ventilés où des particules infectieuses peuvent être inhalées.
Pendant des décennies, la transmission interhumaine a été considérée comme impossible. Cette hypothèse a été remise en cause avec la découverte du virus Andes en Argentine en 1995. Cette souche demeure unique car elle peut se transmettre entre humains par contact étroit et prolongé, en particulier au début de l’infection.
Dans le cas du MV Hondius, les experts estiment que cette transmission interhumaine pourrait expliquer la propagation observée à bord. Toutefois, ils rappellent que le virus Andes ne se transmet pas facilement, contrairement à des virus respiratoires comme la grippe ou la COVID-19, et que les foyers restent généralement limités.
L’infection à hantavirus débute souvent par des symptômes non spécifiques ressemblant à ceux d’une grippe : fièvre, fatigue, douleurs musculaires, céphalées, nausées, vomissements et diarrhée.
Dans les formes graves, la maladie évolue vers le syndrome pulmonaire à hantavirus (HPS), caractérisé par une accumulation rapide de liquide dans les poumons, une détresse respiratoire, un état de choc et une défaillance multiviscérale.
Le taux de mortalité du HPS dans les Amériques peut atteindre 40 à 50 %. Selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), les symptômes apparaissent généralement entre deux et quatre semaines après l’exposition, avec une aggravation souvent rapide nécessitant une prise en charge en soins intensifs.
À ce jour, il n’existe ni vaccin homologué ni traitement antiviral spécifique contre le syndrome pulmonaire à hantavirus.
Alors que la prise en charge repose sur des soins de soutien : oxygénothérapie, ventilation mécanique, gestion des fluides et surveillance en unité de soins intensifs, l’OMS recommande l’isolement rapide des cas suspects et leur transfert vers des structures hospitalières équipées pour les détresses respiratoires sévères.
La ribavirine, un antiviral, a montré une efficacité limitée contre certaines souches asiatiques, mais n’a pas démontré d’efficacité contre les formes pulmonaires associées au virus Andes.
Un virus connu depuis l’Antiquité mais identifié récemment
Les hantavirus, bien que récemment identifiés en médecine moderne, pourraient être à l’origine de maladies décrites depuis des siècles. Des documents médicaux chinois datant d’environ 960 après J.-C. évoquent des syndromes associant fièvre et insuffisance rénale, compatibles avec la fièvre hémorragique avec syndrome rénal.
La compréhension scientifique moderne débute dans les années 1950, durant la guerre de Corée, lorsque plus de 3 000 soldats des Nations unies développent une maladie inconnue près de la rivière Hantan. En 1978, le scientifique sud-coréen Ho Wang Lee isole le virus à partir de rongeurs, donnant naissance au nom « hantavirus ».
En 1993, une nouvelle forme de hantavirus est identifiée aux États-Unis lors de l’épidémie des « Four Corners » (Nouveau-Mexique, Arizona, Colorado et Utah), où des jeunes adultes en bonne santé décèdent rapidement d’une insuffisance respiratoire aiguë. Le virus Sin Nombre est alors identifié comme responsable.
En 1995, le virus Andes est découvert en Argentine et devient la première souche connue capable de transmission interhumaine. Cette caractéristique est confirmée lors de l’épidémie d’Epuyén en 2018–2019, qui a causé 34 infections et 11 décès, nécessitant des mesures strictes de quarantaine et de traçage.
Un risque global jugé limité
Malgré la gravité de la situation à bord du MV Hondius, l’OMS et l’Africa CDC estiment que le risque global reste faible, le virus ne se transmettant pas facilement dans des contacts occasionnels, tandis que les épidémies restent généralement limitées en taille.
Les autorités sanitaires ont mis en place des mesures d’isolement et de traçage international des contacts. Sont notamment surveillés les passagers ayant quitté le navire plus tôt, les personnels soignants impliqués dans les traitements, ainsi que les personnes exposées lors des évacuations médicales.
La majorité des infections à hantavirus dans le monde provient toujours des rongeurs et non de la transmission humaine.
L’OMS recommande d’éviter de balayer ou d’aspirer à sec les zones potentiellement infestées, afin de ne pas remettre en suspension des particules contaminées. Le nettoyage doit être effectué avec des méthodes humides et des désinfectants appropriés. La prévention repose également sur une bonne ventilation des espaces, un stockage sécurisé des aliments et l’évitement des nids de rongeurs.
L’épidémie du MV Hondius illustre la rapidité avec laquelle une maladie rare peut devenir une préoccupation internationale dans un contexte de mobilité mondiale accrue.
Plus de 70 ans après l’identification initiale des hantavirus, ce groupe viral continue de représenter un défi majeur pour la surveillance épidémiologique, en particulier lorsqu’il franchit la barrière, rare mais redoutable, entre l’animal et l’être humain.














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