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Filmer les procès du génocide

Redigé par Tite GATABAZI
Le 10 mars 2022 à 09:39

En juillet 1994, lorsque le FPR arrête le génocide contre les tutsis, le Rwanda est un charnier à ciel ouvert, détruit et vidé de sa population.

Le régime venait de commettre l’irréparable : le génocide contre les tutsis.

Les procès du génocide des tutsis au Rwanda ont fait l’objet d’un colloque international ce mardi 8 mars 2022.

Organisé par l’université catholique de Lille en partenariat avec Iriba Center for Multimédia Heritage de Kigali.

L’approche retenue articule les questions liées au droit, au journalisme, à la communication ainsi qu’aux relations internationales qui s’inscrivent plus globalement dans les problématiques de lutte contre l’impunité et la prévention des crimes de génocide.

S’il est une grammaire et une technique, le droit est avant tout un langage porteur d’un sens d’où il tire cohérence et force.

Le sens et la vérité des pratiques juridiques ne sont jamais figés. Et heureusement !

Ce colloque a accueilli une présence très remarquée de Gasana Ndoba, l’un des artisans des premiers procès pour génocide contre les tutsis en Belgique. Les « sœurs de Sove » en 2001.

Au Rwanda, il a porté courageusement sur les fonts baptismaux, la commission nationale des droits de l’homme.

Il aura permis de déboucher les ombres pour en faire apparaître les contours dans la perception réelle ou subjective des droits de l’homme.

Avec respect et affection, nous saluons ici son autorité intellectuelle, son abnégation et la bienveillance dont il nous gratifie encore aujourd’hui.

Egalement le juge d’instruction Belge qui a instruit lesdits procès, Damien Vandermeersch, auteur de « Comment devient-on génocidaire ».

Grâce au travail des journalistes et des historiens, ainsi que son témoignage dans les articles de presse et interviews ; on sait depuis, la ténacité et le professionnalisme dont il a fait preuve lors de cette instruction inédite et ô combien difficile.

Les pressions dont il avait fait l’objet, les inerties et les obstructions en tout genre.

Sur un ton d’humour, pour alléger la charge psychologique sûrement, il a qualifié ses interlocuteurs « d’amis qui vous veulent du bien ».

Dénonçant au passage les politiques mais aussi et surtout l’activisme de l’église catholique pour couvrir les génocidaires, plus particulièrement les membres du clergé.

En effet, la question des religieux rwandais impliqués dans le génocide contre les tutsis et une question que l’Eglise catholique n’a pas abordée avec la sincérité nécessaire.

La liste des évêques, prêtres et sœurs impliqués dans les massacres est longue et ils sont rares à avoir été arrêtés ou traduit en justice.

Des voix internes l’ayant dénoncé ont été soit étouffés soit ignorées.

L’idée que des religieux aient pu participer au génocide remet en cause notre foi et l’idée chrétienne que nous avons sur le bien et le mal.

Le choc et l’incrédulité que nous avons ressenti est au-delà de nos forces.

Il a rappelé qu’il avait fallu un changement de majorité au parlement Belge et au gouvernement pour faire évoluer les dossiers judicaires.

On a tous en mémoire, les sœurs de Sove, soutanes souillées, dans le box des accusés. Et les tentatives infructueuses de la hiérarchie catholique en Belgique pour les couvrir.

Mais il aura fallu affronter la réalité dans sa crudité et sa complexité.

Grace à la persévérance du juge d’instruction et son équipe, ces individus ont été poursuivis, défendus et jugés.

Ce sont des actes précis, qualifiés de provocation à commettre ou de participation à la commission de crimes de droit international.

Dont la cour d’assises de Bruxelles a vérifié la véracité et l’imputabilité. Un procès au caractère exceptionnel, la gravité particulière des faits en cause et les enjeux d’une grande première en Belgique.

Ceci au titre de la compétence universelle, introduite dans la législation Belge en 1993. Au nom de principes supérieurs de justice qu’incarnent les droits de l’homme et les valeurs fondamentales de la communauté humaine.

Les génocidaires ont été jugé par des institutions très diverses : le TPIR, les pays occidentaux, les tribunaux gacaca.

Au Rwanda, Gacaca a réussi l’exercice périlleux du droit appliqué par des citoyens non juristes.

Les procès du génocide contre les tutsis ont permis la description méticuleuse du contexte du génocide, les atrocités commises et subies et les faits circonstanciés reprochés aux accusés.

Ces procès ont surtout permis de juger, non pas pour venger, non pas pour pardonner, mais pour rendre justice.

Lutter contre l’impunité et acquitter une dette de mémoire envers les victimes innocentes.

Les procès du génocide contre les tutsis ont eu le mérite de faire celui des accusés, n’ont pas cherché la vérité historique mais la vérité judiciaire ; ne se sont pas laisser submerger par l’émotion au détriment de la raison et enfin ont dénoué les faits de la propagande.

Avec cette particularité des espaces de jugements, des époques et des cultures.

Et le bénéfice de la transparence des débats qui permet d’observer le comportement et même le profil des protagonistes, accusés, témoins, juges et avocats.

On y comprend mieux le déroulement des événements, des parcours de vie, parfois des prises de conscience et ces coups de théâtre dont le prétoire a le secret.

Tous les acteurs du monde judiciaire qui ont connu ces procès ont écouté l’horreur, le cauchemar de ce qui dépasse l’entendement, l’angoisse qui tenaillait les témoins.

Et heureusement, à rebours, l’héroïsme de certains dont il faudra un jour écrire l’histoire.

Durant les travaux du colloque, la figure emblématique de la défunte Allison Des Forges, historienne américaine et grande spécialiste du génocide contre les tutsis, était là, comme pour accompagner et guider les intervenants.

Feu Josée Kagabo (Paix à son âme), historien franco-rwandais s’interrogeait :

« Comment gérer cette mémoire avec, premièrement, ces horreurs et, deuxièmement, si ces horreurs-là n’étaient pas dites ».

Les archives audiovisuelles de la justice conservés aux archives nationales en France, sont montrées au grand public dans le cadre d’une exposition au Centre Iriba de Kigali jusqu’en juillet 2022.

Grâce aux archives filmées, il est possible de mieux connaître ces procès à la haute valeur historique.

Au Rwanda, cette exposition est à la fois un enjeu historique, psychologique, sociale et pédagogique.

Elle dépasse l’enjeu de la mémoire pour apporter une connaissance du passé, condition sine qua non à la construction d’un avenir dépourvu de conflits violents.

La justice n’a qu’un but essentiel : la lutte contre l’impunité. Les procès étant appréhendés comme une contribution à la réparation psychique des victimes par la connaissance et la reconnaissance des faits.

Mme Assumpta Mugiraneza Directrice Iriba Center for Multimedia Heritage/Kigali Rwanda
Dr Alida Furaha Umutoni Senior Lecturer/Researcher University of Rwanda Center for conflict management

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