Habyarimana et son rôle avéré dans la planification et l’exécution du génocide contre les Tutsi

Redigé par Musangwa Arthur
Le 31 mars 2026 à 07:12

Depuis quelques jours, les enfants de Juvénal Habyarimana, menés par Jean-Luc Habyarimana, participent publiquement à des activités visant à glorifier et canoniser leur père, semant la confusion chez certains, qui s’interrogent sur son rôle réel dans le génocide perpétré contre les Tutsi, du fait de son décès avant son déclenchement.

Pour comprendre la véritable position de Habyarimana vis-à-vis des massacres des Tutsi et de l’exclusion systématique qui caractérisait son régime, il est nécessaire de revenir sur l’histoire et les faits.

Dès sa jeunesse, Habyarimana nourrissait une haine profonde envers les Tutsi, les preuves de ses actions et de son implication dans la planification du génocide contre les Tutsi étant documentées dans plusieurs rapports et témoignages.

Préparation du génocide contre les Tutsi et non‑respect des accords d’Arusha

Le 1er mars 1994, la radio RTLM publiait un communiqué appelant les Interahamwe et les Hutu en général à s’unir pour combattre l’ennemi commun, désigné comme le Tutsi, et ses ’alliés’ ( toute personne qui s’opposait au génocide et à son idéologie ), sous peine d’être eux aussi massacrés. Ce message, en totale contradiction avec les efforts de paix et les accords d’Arusha, provoqua l’inquiétude des diplomates accrédités à Kigali à l’époque, notamment de l’ambassadeur de Belgique Johan Swinnen, qui alerta son ministère des Affaires étrangères.

Le même jour, Habyarimana convoqua le général Roméo Dallaire, commandant des forces de la MINUAR, accompagné du ministre de la Défense, Augustin Bizimana, à qui il demanda de restituer les armes saisies à l’aéroport de Kanombe et destinées aux forces armées rwandaises, en violation de l’embargo imposé par l’ONU. Ces armes étaient officiellement destinées au programme dit d’“auto-défense civile”, mais en réalité, étaient prévues pour être utilisées dans le génocide contre les Tutsi.

Le 15 mars 1994, les forces armées gouvernementales (ex-FAR) et les milices Interahamwe assassinèrent cinq personnes à Kinihira, dont un futur député à l’Assemblée législative intérimaire. Parallèlement, le colonel Bernard Cussac, de l’Ambassade de France au Rwanda, informa Paris que le gouvernement Habyarimana se préparait à relancer des massacres ethniques, soulignant une incapacité de la MINUAR à empêcher ce drame.

Le 20 mars 1994, Habyarimana reçut l’équipe de Rayon Sports à Kigali, à son hôtel Rebero L’Horizon, où il prononça un discours révélant des intentions brutales à l’égard de tout adversaire. Il affirma qu’il n’avait jamais été battu de sa vie et qu’il n’hésiterait pas, même en jouant au football, à blesser ses opposants pour atteindre ses objectifs.

Pour le Dr Jean Damascène Bizimana, ministre de l’Unité nationale et de l’Engagement civique, ces propos constituaient une menace claire à l’encontre de ceux qui souhaitaient mettre en œuvre les accords d’Arusha. Les 18 et 19 mars 1994, le Premier ministre désigné, Faustin Twagiramungu, et la Première ministre en fonction, Agathe Uwilingiyimana, avaient en effet soumis au président la liste des ministres et députés devant siéger dans les organes de transition.

Le Dr Bizimana souligne également que les propos tenus par Habyarimana le 20 mars 1994 faisaient écho à ceux du 15 novembre 1992, à Ruhengeri, lorsqu’il avait entre autres indiqué aux Interahamwe que, le moment venu, ils devraient être prêts à “passer à l’action”. À cette époque, des Tutsi - dont des femmes et des enfants - étaient déjà victimes d’exactions à Kigali, dans la commune de Shyorongi, tandisque près de 500 personnes furent brutalement délogées et laissées sans abri.

Le rôle des idéologues et les réunions de préparation

Le 28 mars 1994, Ferdinand Nahimana, l’un des principaux idéologues du génocide contre les Tutsi, et reconnu coupable par le Tribunal pénal international pour le Rwanda, rédigea un document incitant les Hutu à s’unir pour combattre les Tutsi dans le cadre du programme dit d’“auto-défense civile”. Dans ce texte, il dénonçait une prétendue “coalition des Tutsi” en train d’ériger le “royaume des Bahima” dans la région des Grands Lacs et appelait chaque Hutu, notamment les Interahamwe, à collaborer avec les autorités locales afin d’inciter la population à massacrer les Tutsi.

Le 29 mars 1994, le général Déogratias Nsabimana, commandant en chef des forces armées, organisa une réunion visant à intensifier et coordonner les activités du programme dit d’“auto-défense civile”, qui servait en réalité de couverture pour la planification de massacres contre les Tutsi.

Cette rencontre rassemblait les responsables de la ville de Kigali, des militaires ainsi que des membres des partis Hutu Power, de l’Impuzamugambi et des Interahamwe, et prévoyait la distribution d’armes supplémentaires à ces derniers. Le procès-verbal de la réunion fut transmis au ministre de la Défense, Augustin Bizimana, le 30 mars 1994.

Parmi les participants de ces réunions, reconnus coupables de génocide contre les Tutsi par la justice internationale, figurent le préfet Col Tharcisse Renzaho, Matayo Ngirumpatse et Edouard Karemera, hauts responsables du MRND, Michel Bagaragaza, directeur général de l’OCIR-Thé, Hassan Ngeze, rédacteur en chef du journal Kangura, et d’autres.

Le 30 mars 1994, le préfet de Kigali, Col Tharcisse Renzaho, adressa au général Nsabimana la lettre N°14/04.07 comportant la liste des Interahamwe sélectionnés, y compris des réservistes, préparés à éliminer «  l’ennemi  » (Tutsi et alliés hutu pro-démocratie), en précisant cellule, secteur et commune où ils résidaient.

Le même jour, l’organisation CLADHO dénonça publiquement les massacres commis par les soldats de Habyarimana, y compris la Garde présidentielle, et les Interahamwe, demandant des sanctions et le désarmement des milices.

Une planification systématique et un rôle direct de l’État

Le Dr Bizimana rappelle qu’en février 1994, les forces armées rwandaises avaient déjà dressé la liste des Tutsi vivant à Kigali. Selon Jean Berchimas Birara, ancien gouverneur de la Banque nationale, c’est le général Nsabimana lui-même qui lui révéla cette liste, qui comprenait 1 500 noms.

 Le ministre Bizimana souligne le fait que ces éléments constituent des preuves accablantes de la planification du génocide contre les Tutsi par le gouvernement Habyarimana, lequel l’a exécuté par l’entremise de ses organes. Il dénonce avec fermeté les affirmations mensongères circulant sur les réseaux sociaux, selon lesquelles Habyarimana n’aurait pas participé au génocide, vu que cette tragédie a eu lieu après sa mort. 

«  Le plan de préparation et de mise en œuvre du génocide n’a pas débuté le 7 avril 1994. Depuis son accession au pouvoir le 1er juillet 1973, Habyarimana s’est illustré par la tyrannie, les assassinats et la persécution systématique des Tutsi. Tout Hutu qui osait dénoncer la terrible vérité imminente était immédiatement exécuté, tandis que ceux qui s’opposaient à ces plans meurtriers étaient massacrés. Une telle barbarie ne devrait jamais se reproduire  », insiste le Dr Bizimana.


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