Kigali le carrefour stratégique ou l’Afrique au cœur d’un nouvel axe sécuritaire

Redigé par Tite Gatabazi
Le 22 février 2026 à 01:24

Un sommet consacré à la sécurité s’est tenu à Kigali, au Rwanda, réunissant des responsables et experts américains, israéliens et africains autour d’un thème ambitieux : « L’alignement des États-Unis, d’Israël, de l’Afrique et du nouveau Moyen-Orient ».

L’initiative entend inscrire le continent africain dans une dynamique renouvelée de coopération stratégique, en prolongeant et en élargissant le partenariat déjà structurant entre États-Unis et Israël.

Les organisateurs ont présenté cette conférence comme une étape déterminante visant à faire de l’Afrique « la prochaine frontière » du renforcement stratégique américano-israélien, avec le Rwanda en partenaire privilégié et en point d’ancrage régional.

Dans cette architecture en gestation, Washington apporterait son expérience géopolitique et son leadership international ; Israël mettrait à contribution son expertise sécuritaire et sa capacité d’innovation technologique ; Kigali, enfin, assumerait un rôle de relais stratégique vers le reste du continent.

Parmi les intervenants figurait le sénateur républicain Ted Cruz, la sénatrice démocrate Jacky Rosen ainsi que Robert C. O’Brien, ancien conseiller à la sécurité nationale du président Donald Trump.

Les échanges ont été structurés autour de quatre tables rondes portant respectivement sur les fondements stratégiques du triptyque États-Unis–Israël–Afrique, la mémoire et le leadership moral, la dynamique régionale de sécurité et l’innovation inspirée du modèle israélien de la « Start-Up Nation », conceptualisé notamment par Saul Singer.

Ce sommet, conduit sans tapage médiatique excessif, s’inscrit dans une diplomatie de la méthode et de la discrétion : au Rwanda, l’action précède souvent l’annonce, et la réflexion stratégique s’élabore loin de l’agitation des tribunes internationales.

Vers une redéfinition des équilibres géopolitiques : souveraineté africaine et partenariats d’influence

Au-delà de la teneur circonstancielle de la conférence, l’événement révèle une mutation plus profonde des équilibres géopolitiques. L’Afrique n’est plus envisagée comme simple théâtre périphérique des rivalités globales, mais comme un espace stratégique en soi, porteur d’opportunités économiques, technologiques et sécuritaires.

L’ambition affichée est claire : intégrer le continent dans une chaîne de coopération triangulaire où convergent innovation israélienne, projection stratégique américaine et ancrage africain.

Le Rwanda, en particulier, cultive depuis plusieurs années une image d’État réformateur, soucieux de stabilité et de performance institutionnelle. En se positionnant comme pivot d’un tel alignement, Kigali cherche à conjuguer souveraineté nationale et insertion dans des réseaux d’influence transcontinentaux. Ce choix traduit une diplomatie pragmatique, orientée vers les résultats et attentive à diversifier ses alliances sans renoncer à son autonomie décisionnelle.

L’évocation du « nouveau Moyen-Orient » dans l’intitulé du sommet n’est pas anodine. Elle suggère l’existence d’un espace élargi de coopération où les accords régionaux récents et les recompositions stratégiques pourraient trouver un prolongement africain.

Dans cette perspective, la sécurité ne se limite plus à la défense militaire ; elle englobe la résilience économique, la cybersécurité, la lutte contre le terrorisme et l’innovation technologique.

Toutefois, une telle configuration appelle une vigilance intellectuelle. L’Afrique, forte de sa démographie et de ses ressources, ne saurait se réduire à un simple prolongement des stratégies d’autrui. Le défi réside dans l’équilibre : tirer parti des expertises extérieures sans aliéner la capacité de définir ses propres priorités. L’alignement stratégique ne doit pas devenir synonyme d’alignement automatique.

En définitive, ce sommet, qui aurait pu passer inaperçu en raison de la sobriété de son organisation, marque peut-être une inflexion significative. A Kigali, loin des éclats médiatiques, se dessine une réflexion sur la place de l’Afrique dans la recomposition des alliances globales. Si cette dynamique se confirme, elle pourrait consacrer le continent non plus comme objet, mais comme acteur à part entière des nouvelles architectures de sécurité internationale.

À Kigali, une réflexion discrète émerge sur le rôle de l’Afrique dans la recomposition des alliances mondiales, avec l’ambition d’en faire un acteur à part entière des nouvelles architectures de sécurité internationale

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