Urgent

L’épreuve de la crédibilité contre l’instrumentalisation politique de la Constitution

Redigé par Tite Gatabazi
Le 10 mai 2026 à 10:30

Dans le concert de critiques qui s’élèvent au sein de l’opposition congolaise, une ligne argumentative se dessine avec une netteté croissante : l’idée selon laquelle l’exécutif, autour du président Félix Tshisekedi, entretiendrait un climat d’instabilité sécuritaire et institutionnelle dont l’arrière-plan serait la consolidation du pouvoir.

Accusation grave, parfois formulée avec une vigueur rhétorique assumée par plusieurs figures politiques de premier plan, dont Moïse Katumbi, Delly Sesanga, Marin Fayulu ou encore certains cadres de l’opposition parlementaire, et qui s’inscrit dans une lecture plus large de la crise congolaise, où le politique et le sécuritaire semblent s’imbriquer de manière de plus en plus indistincte.

Au cœur de cette controverse, une question sensible cristallise les tensions : celle d’une révision de la Loi fondamentale, présentée par ses détracteurs comme une manœuvre de circonstance destinée à adapter l’architecture juridique de l’État à des impératifs de nature politique ou économique.

Dans ce registre, la critique formulée par les têtes de liste de l’opposition congolaise est particulièrement explicite : il ne saurait être admissible, selon cette lecture, de subordonner la norme constitutionnelle aux nécessités de signature de contrats, fussent-ils liés à des secteurs stratégiques tels que les mines.

Cette position repose sur un principe classique du constitutionnalisme moderne : la hiérarchie des normes et la primauté de la Constitution comme socle intangible de l’ordre juridique.

Dès lors, l’argument selon lequel une réforme constitutionnelle serait nécessaire pour fluidifier ou sécuriser des engagements économiques internationaux apparaît, aux yeux de ses opposants, comme une dérive dangereuse, voire comme une forme de confusion entre intérêt général et intérêt conjoncturel. Certains n’hésitent pas à qualifier cette logique d’aveu politique lourd de conséquences, tant elle semble introduire l’idée d’une flexibilité normative dictée par les impératifs du moment.

Ils rappellent notamment que le secteur minier congolais a connu, au cours des deux dernières décennies, une transformation profonde, marquée par une montée en puissance spectaculaire de la production de cuivre, passée de volumes marginaux à plusieurs millions de tonnes annuelles. Cette trajectoire est mobilisée comme argument central : elle démontrerait que la performance économique ne dépend pas de la réécriture permanente des règles, mais au contraire de leur prévisibilité et de leur respect.

Dans cette perspective, la stabilité juridique du Code minier apparaît comme un facteur déterminant de l’attractivité du pays. Les investisseurs internationaux, souligne-t-on, ne recherchent pas des environnements politiques mouvants, mais des cadres normatifs lisibles, cohérents et respectés dans la durée.

Toute modification perçue comme opportuniste ou politiquement motivée risquerait ainsi d’éroder la confiance patiemment construite, et de fragiliser un secteur déjà exposé aux fluctuations géopolitiques et aux tensions régionales.

C’est précisément ici que se noue le débat fondamental : entre une lecture politique qui soupçonne une instrumentalisation du contexte sécuritaire et institutionnel à des fins de pérennisation du pouvoir et une lecture économique qui insiste sur la continuité des réformes et la nécessité de préserver la crédibilité juridique de l’État congolais.

Deux rationalités qui se croisent sans véritablement se rencontrer, et qui traduisent une fracture plus profonde encore : celle de la confiance dans les institutions et dans la parole publique.

Au-delà des invectives et des postures partisanes, la question centrale demeure celle de la souveraineté normative de l’État. Une Constitution n’est pas un instrument malléable au gré des conjonctures politiques ; elle est, dans son essence, un pacte collectif destiné à transcender les cycles électoraux et les intérêts immédiats. Mais elle ne saurait non plus être figée au point d’ignorer les transformations économiques et sociales d’un pays en recomposition permanente.

C’est dans cet équilibre délicat que se joue l’avenir institutionnel de la République démocratique du Congo : entre la tentation du court terme et l’exigence de la durée, entre la logique des rapports de force politiques et celle de la consolidation de l’État de droit.

Toute rupture de cet équilibre risque d’alimenter davantage la défiance, déjà profondément ancrée, entre acteurs politiques, société civile et partenaires internationaux.

Ainsi, au-delà des polémiques et des accusations réciproques, une évidence s’impose : la stabilité d’un pays ne se décrète pas par la modification de ses textes fondamentaux, mais par la constance de leur respect, par la prévisibilité des institutions et par la capacité des dirigeants à inscrire leur action dans une logique de long terme, affranchie des calculs de conjoncture.

Dans l’opposition congolaise, plusieurs leaders accusent le pouvoir de Félix Tshisekedi de nourrir l’instabilité sécuritaire et institutionnelle afin de consolider son contrôle politique

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