La contre-offensive diplomatique du camp Joseph Kabila et l’épreuve continentale du Président Tshisekedi

Redigé par Tite Gatabazi
Le 15 février 2026 à 12:30

A l’heure où l’Union africaine déploie à Addis-Abeba le théâtre feutré mais décisif de ses conciliabules diplomatiques, la scène politique congolaise s’y transporte avec une intensité singulière.

En marge du sommet des chefs d’État et de gouvernement, là où se nouent les alliances, s’esquissent les arbitrages et s’élaborent les récits officiels du continent, se joue également une autre bataille : celle de la légitimité, de la crédibilité et de la vérité politique.

Contrairement aux rumeurs complaisamment relayées sur les réseaux sociaux, l’ancien président Joseph Kabila n’a pas effectué le déplacement vers la capitale éthiopienne. Son absence physique n’équivaut nullement à un retrait stratégique.

Elle procède, au contraire, d’une subtile intelligence des rapports de force : nul besoin, pour celui qui demeure sénateur à vie et acteur central de l’histoire récente de la République démocratique du Congo, d’occuper lui-même l’avant-scène lorsque ses représentants, aguerris aux arcanes diplomatiques, portent avec méthode et rigueur la voix de sa plateforme.

Le mouvement de l’ancien président, connu sous l’appellation « Sauvons la RDC » expression d’une volonté affichée de redressement national a dépêché à Addis-Abeba une délégation de six personnalités rompues aux négociations de haut niveau.

A sa tête, Raymond Tshibanda, dont l’expérience des chancelleries africaines et internationales n’est plus à démontrer. A ses côtés, Nehemie Mwilanya, le diplomate discret et efficace Barnabé Kikaya bin Karubi, l’infatigable et imperturbable Me Moïse Nyarugabo, Albert Mukulubundu et Seth Kikuni.

Il ne s’agit pas d’une présence symbolique. Ces hommes sont des habitués de ce type de forums. Ils en maîtrisent les codes, les rythmes et les silences. Ils disposent surtout et c’est là l’essentiel d’éléments factuels substantiels sur la situation réelle de la République démocratique du Congo.

Le mouvement y est suffisamment représenté pour faire entendre une voix alternative, structurée et argumentée.

Car la présence de « Sauvons la RDC » à Addis-Abeba ne relève pas d’une simple courtoisie diplomatique : elle s’inscrit dans une stratégie politique assumée. Le mouvement disposerait d’un dossier solide documentant les dérives, les errements et les dysfonctionnements du régime actuel.

Gouvernance contestée, fragilités institutionnelles, gestion sécuritaire controversée, crispations internes : autant de griefs que la délégation entend exposer devant plusieurs dirigeants africains à l’occasion du sommet de l’Union africaine.

Dans ce contexte, la coïncidence géographique avec la présence du président Félix Tshisekedi à Addis-Abeba prend une dimension éminemment politique. Tandis que le chef de l’État congolais participe aux travaux officiels du sommet, une délégation issue de l’opposition historique vient, en marge, porter la contradiction, documents à l’appui, devant les mêmes interlocuteurs continentaux.

Il s’agit moins d’une confrontation directe que d’une compétition narrative : quelle lecture de la crise congolaise prévaudra dans les cercles décisionnels africains ?

Le mouvement de Joseph Kabila apparaît ainsi, aux yeux de ses partisans, comme une véritable épine dans le pied du pouvoir en place. Non par la virulence des invectives, mais par la solidité des pièces versées au débat et par la capacité à mobiliser des réseaux diplomatiques patiemment constitués au fil des années.

La politique internationale, surtout en Afrique, demeure un espace de mémoire et de relations personnelles : ceux qui y ont longtemps exercé des responsabilités y conservent souvent des relais déterminants.

Patient Sayiba, membre du cabinet de l’ancien président, a par ailleurs indiqué qu’à l’issue de cette mission de travail à Addis-Abeba, la délégation de « Sauvons la RDC » communiquera officiellement sur les retombées des différentes rencontres programmées avec divers dirigeants africains. Cette annonce laisse entrevoir une séquence politique appelée à se prolonger bien au-delà du sommet lui-même.

Ainsi, derrière l’apparente immobilité des discours protocolaires, se dessine une lutte plus profonde pour l’influence et la reconnaissance.

Addis-Abeba n’est pas seulement le siège administratif de l’Union africaine ; elle est, le temps d’un sommet, le miroir des tensions nationales exportées sur la scène continentale. Et dans ce miroir, la République démocratique du Congo se contemple aujourd’hui à travers deux prismes concurrents : celui du pouvoir en exercice et celui d’une opposition structurée qui entend démontrer, preuves à l’appui, que l’avenir du pays se joue aussi dans la capacité à restaurer crédibilité, cohérence et autorité de l’État.

En définitive, l’absence de Joseph Kabila ne saurait être interprétée comme un effacement. Elle s’apparente plutôt à une délégation stratégique du verbe et de l’argumentaire. À Addis-Abeba, la bataille n’est pas militaire ; elle est diplomatique, documentaire et politique.

Et c’est précisément sur ce terrain que « Sauvons la RDC » entend inscrire son action, convaincu que la légitimité internationale se conquiert autant par la présence que par la démonstration.

Le mouvement de l’ancien président Kabila a dépêché à Addis-Abeba une délégation de six personnalités rompues aux négociations de haut niveau

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