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Me Moïse Nyarugabo montre la lune à Nzanga Mobutu

Redigé par Tite Gatabazi
Le 22 avril 2026 à 06:32

Il est des interpellations publiques qui, au-delà de leur apparente rudesse, relèvent moins de l’invective que d’un rappel à la lucidité historique et à la responsabilité morale.

L’adresse faite à François Nzanga Mobutu par Me Moise Nyarugabo s’inscrit précisément dans cette tradition exigeante où la parole, loin de flatter les passions, cherche à dissiper les illusions. Car ce qui est en cause ici n’est pas un simple désaccord conjoncturel, mais bien une divergence fondamentale quant à la nature même de la nation congolaise et aux ressorts profonds de la crise qui la traverse.

En convoquant, fût-ce implicitement, l’héritage de Mobutu Sese Seko, il est suggéré avec gravité que celui-ci, malgré les ambiguïtés de son règne, avait au moins perçu la complexité anthropologique et historique de l’espace congolais. Il savait, en effet, que les tutsi ne sauraient être réduits à une altérité étrangère, mais qu’ils participent, de longue date, à la trame nationale. La négation de cette réalité, aujourd’hui relayée par certains discours officiels ou para-officiels, constitue moins une erreur qu’une faute politique lourde de conséquences.

Car les événements récents, des mobilisations à Washington DC, à Nairobi, jusqu’aux rassemblements en Royaume-Uni, témoignent d’une diaspora en alerte, mobilisée face à ce qu’elle perçoit comme une persécution systémique visant les populations des hauts plateaux de Minembwe et au-delà.

Les accusations portées contre les forces en présence, qu’il s’agisse des FARDC, des groupes armés dits Wazalendo, des FDNB ou encore des FDLR, dessinent un tableau d’une extrême gravité, où les populations civiles se trouvent prises au piège d’une violence indistincte et prolongée.

Le refus de voir et l’impératif de vérité nationale

Face à ce drame, la tentation du raccourci explicatif demeure grande. Invoquer systématiquement le Rwanda comme cause unique et ultime de toutes les convulsions congolaises relève d’une demission intellectuelle qui, à force d’être répétée, en vient à oblitérer toute introspection nationale. Ce schéma narratif, qui exonère le pouvoir de ses propres responsabilités tout en externalisant les solutions, parfois jusqu’à les fantasmer du côté de puissances étrangères telles que les États-Unis, constitue une impasse politique manifeste.

Car un gouvernement qui refuse de se regarder en face se condamne à l’impuissance. Les vérités rappelées avec insistance dans cette interpellation sont, à cet égard, d’une simplicité désarmante : la négation de la nationalité de certains de ses propres citoyens, en raison de leur origine ou de leur apparence, alimente les fractures qu’elle prétend déplorer.

Ce que l’on pourrait qualifier de « crime de faciès » ne relève pas seulement de la dérive morale ; il constitue l’un des ferments les plus corrosifs de la désagrégation nationale.
L’histoire contemporaine de la République démocratique du Congo démontre avec une constance tragique que les crises les plus profondes ne naissent pas uniquement des ingérences extérieures, mais aussi et peut-être surtout des dénis internes.

Refuser aux Tutsis congolais, aux Hema et à d’autres communautés le plein exercice de leur appartenance nationale revient à fragiliser l’édifice tout entier.

Il est donc urgent de bannir ces formules incantatoires, ces « versets sataniques » du discours politique qui prétendent réduire la complexité humaine à des catégorisations simplistes et excluantes. Entre la persistance de la haine ethnique et l’exigence du vivre-ensemble, le choix n’est pas seulement moral : il est existentiel pour l’avenir du pays.

En définitive, la question posée n’est pas tant celle de savoir qui a raison dans le tumulte des accusations, mais de déterminer si le leadership congolais est capable de s’élever au-dessus des passions, de reconnaître sa part de responsabilité et de transformer la diversité en richesse plutôt qu’en fracture. Car sans cette conversion intellectuelle et politique, la crise actuelle, loin de s’éteindre, continuera de se reproduire sous des formes toujours plus dévastatrices.

L’adresse faite à François Nzanga Mobutu par Me Moise Nyarugabo s’inscrit dans une tradition exigeante où la parole, loin de flatter les passions, cherche à dissiper les illusions

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