Les tentatives de réorganisation des Ex-FAR et des réseaux de l’Akazu après 1994

Redigé par IGIHE
Le 20 avril 2026 à 01:13

Après la prise de contrôle du Rwanda par les forces du RPA en 1994, mettant fin au génocide perpétré contre les Tutsi, plusieurs anciens responsables du régime de Juvénal Habyarimana, réfugiés à l’étranger, auraient rapidement engagé des démarches visant à reconquérir le pouvoir.

Selon diverses sources et travaux d’enquête, ils auraient élaboré un plan reposant notamment sur le réarmement des anciennes Forces armées rwandaises (Ex-FAR) et des milices Interahamwe.

Réorganisation des réseaux et rôle de l’Akazu

Dans ce contexte, le général Augustin Bizimungu, ancien chef des Ex-FAR, aurait été identifié comme une figure centrale destinée à diriger la composante militaire de ce projet. Parallèlement, Agathe Kanziga, épouse de l’ancien président Habyarimana, aurait poursuivi des activités visant à mobiliser des soutiens internationaux.

Au Kenya, plusieurs anciens dignitaires du régime, regroupés au sein du réseau informel connu sous le nom d’« Akazu », auraient tenu de nombreuses réunions destinées à organiser la logistique et le financement du réarmement des Ex-FAR et des Interahamwe stationnés au Zaïre.

Les Nations unies auraient exercé une forte pression sur le président zaïrois Mobutu Sese Seko, initialement perçu comme favorable aux Ex-FAR et aux Interahamwe. Face à ces pressions, il aurait ordonné l’expulsion de certains réfugiés rwandais, dans ce qui est décrit comme une manœuvre politique.

Craignant un désarmement ou une dispersion de leurs forces, les membres de l’Akazu auraient alors décidé de corrompre certains officiers de l’armée zaïroise afin de permettre aux combattants Ex-FAR et Interahamwe de conserver leurs armes dans les camps de réfugiés.

Dans son ouvrage "Stepp’d in Blood : Akazu and the Architects of the Rwandan Genocide Against the Tutsi", l’auteur Andrew Wallis affirme que Félicien Kabuga aurait transféré 35 000 dollars au général Bizimungu afin de faciliter la corruption de militaires zaïrois.

Un officier zaïrois aurait ensuite exigé 60 000 dollars supplémentaires pour fermer les yeux sur les armes stockées dans des camps tels que Mugunga, près de Goma. Kabuga et ses réseaux basés à Nairobi auraient alors intensifié la collecte de fonds.

Le 4 novembre 1995, une réunion aurait été tenue au domicile du général Gratien Kabiligi à Nairobi. Plusieurs contributions financières y auraient été enregistrées, notamment celle de Félicien Kabuga par chèque, celle de Protais Zigiranyirazo s’élevant à 340 dollars, ainsi que celle d’Aloys Ntabakuze d’un montant de 1 500 dollars. Le total des fonds recueillis ce jour-là aurait avoisiné 17 000 dollars.

Alors que la collecte de fonds se serait poursuivie, des tensions croissantes seraient apparues au sein de l’Akazu, certains membres reprochant au général Bizimungu de retarder le lancement d’une offensive.

Les divisions internes, la désorganisation et les tensions auraient conduit à l’échec du projet d’offensive prévu pour fin décembre 1995

Les contributions financières auraient progressivement diminué, passant de montants de plusieurs milliers de dollars à quelques centaines. Par ailleurs, des divergences seraient apparues concernant l’utilisation des fonds, certains membres privilégiant des objectifs personnels tels que l’obtention de visas ou l’installation d’activités commerciales à Nairobi.

Félicien Kabuga aurait, pour sa part, affirmé sa disposition à « tout donner » pour le retour du pouvoir, déclarant qu’il serait prêt à rentrer à Kigali « même sans vêtements ».

Des critiques auraient également été formulées à l’encontre du général Bizimungu, accusé par certains membres de l’Akazu de passer du temps avec Kabuga au lieu de préparer une action militaire.

Malgré ces tensions internes, il est rapporté que le gouvernement français dirigé par Jacques Chirac aurait apporté un soutien indirect à la formation et à l’équipement des Ex-FAR et des Interahamwe dans une perspective de reconquête du pouvoir.

Début décembre 1995, une réunion majeure aurait eu lieu au Zaïre en présence d’Agathe Kanziga, de Mobutu Sese Seko, de trois généraux zaïrois, du général Bizimungu, de Gratien Kabiligi, du docteur Séraphin Bararengana et d’Augustin Ngirabatware.

Des officiers français, dont le colonel Gilbert Canovas et le major Christian Refalo, auraient également pris part à cette rencontre visant à finaliser un plan d’offensive contre le Rwanda.

Selon ces informations, il aurait été convenu que l’offensive serait lancée par Gisenyi avant de progresser vers Kibuye et Gikongoro. Le recours à des mercenaires munis de faux passeports britanniques aurait également été envisagé. Par ailleurs, Mobutu aurait promis un financement de 6 millions de dollars en cas de prise de l’aéroport de Cyangugu.

Le colonel Théoneste Bagosora, bien qu’en désaccord avec le général Bizimungu, aurait poursuivi ses démarches en vue de l’acquisition d’armes, notamment en Afrique du Sud et aux Seychelles. Environ 360 tonnes d’armements auraient ainsi été obtenues, dont une partie en provenance de Bulgarie, les frais de déplacement ayant été, selon certaines allégations, pris en charge par des réseaux liés à la France.

La Libye de Mouammar Kadhafi aurait accepté de fournir des armes lourdes, notamment des fusils AK-47, des mortiers de différents calibres et des roquettes. D’autres pays, dont l’Afrique du Sud, le Mozambique et l’Égypte, auraient également été sollicités pour des livraisons d’armements.

À la fin du mois de décembre 1995, les effectifs des Ex-FAR et des Interahamwe auraient atteint environ 49 000 combattants, majoritairement issus de recrutements récents. Toutefois, des dysfonctionnements disciplinaires auraient été relevés, parmi lesquels des trafics d’armes et des comportements illicites dans les camps, incluant des faits d’exploitation et de graves répercussions sanitaires.

Selon Andrew Wallis, les divisions internes, la désorganisation et les tensions auraient conduit à l’échec du projet d’offensive prévu pour fin décembre 1995.

Face à cet échec, le général Bizimungu aurait informé Agathe Kanziga, par téléphone, de son incapacité à lancer une offensive contre le Rwanda, évoquant la nécessité de désigner un nouveau commandant pour « résoudre la question du Rwanda ».

L’ensemble des désaccords internes, combinés à la pression internationale contre la circulation des armes, aurait finalement compromis le projet de reconquête du pouvoir.

Par la suite, les Ex-FAR et les Interahamwe se seraient tournés vers des attaques transfrontalières contre le Rwanda, principalement dans les zones frontalières, causant de nombreuses pertes parmi les populations civiles.

Craignant un désarmement ou une dispersion de leurs forces, les membres de l’Akazu auraient alors décidé de corrompre certains officiers de l’armée zaïroise

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