Rhétorique identitaire et responsabilité étatique dans l’Est congolais

Redigé par Tite Gatabazi
Le 7 janvier 2026 à 07:46

La déclaration du ministre Muhindo Nzangi Butondo selon laquelle « La grande majorité des Wazalendo sont des Hutus qui combattent ou qui n’est pas d’accord avec le plan du régime de KIGALI », émise par celui qui est à la fois ministre de l’Agriculture et l’un des initiateurs du mouvement Wazalendo, constitue un jalon politique lourd de signification.

Elle soulève, en effet, une interrogation majeure : cette prise de parole officielle ne revient-elle pas à reconnaître que le gouvernement congolais a procédé à une mobilisation, voire à un armement systématique de combattants hutus au sein des milices dites Wazalendo, avec pour objectif explicite d’affronter le Rwanda ?

De cette affirmation découle une question fondamentale : de quels « Hutus » parle-t-on exactement ? Faut-il y voir des populations civiles mobilisées dans une perspective de défense locale spontanée ou s’agit-il, plus précisément, de combattants issus de groupes armés hutus extrémistes déjà identifiés et longuement documentés par diverses sources ?

Bien des éléments concordants laissent penser qu’il s’agirait, pour l’essentiel, de miliciens extrémistes hutus issus des formations Nyatura et FDLR, aujourd’hui intégrés au sein d’ensembles armés locaux regroupés sous l’appellation générique de Wazalendo.

Ces structures ne sauraient dès lors être interprétées comme des créations inédites. Elles apparaissent plutôt comme des organisations préexistantes recyclées, bénéficiant d’une tolérance bienveillante, d’un encadrement politique, voire d’un appui direct des autorités congolaises, dans le contexte conflictuel actuel.

Les Nyatura et les FDLR portent avec eux un héritage idéologique pesant, historiquement associé à un extrémisme antitutsi qui refuse de considérer le Rwanda comme un État souverain, lui substituant la représentation fantasmée d’un prétendu « système tutsi » à abattre.

Des discours publics, des prises de position de chefs militaires et des enseignements prodigués dans les zones sous leur contrôle témoignent d’une rhétorique éminemment ethnicisée. Celle-ci articule une opposition artificielle entre des communautés présentées comme « bantoues » et les Tutsis, nourrissant une logique de confrontation identitaire.

Certains responsables des Nyatura ou FDLR sont même allés jusqu’à conditionner toute reddition ou tout désarmement à la disparition totale d’une supposée influence tutsie dans la région. Dans plusieurs territoires de l’Est de la RDC, ils ont propagé une doctrine radicalisée décrivant leur combat comme une guerre des « Bantous » contre un hypothétique « empire Hima-Tutsi », discours intrinsèquement dangereux en ce qu’il essentialise les appartenances et promeut une conflictualité sans issue.

C’est dans ce cadre qu’il convient de replacer les propos du ministre Muhindo Nzangi Butondo. En affirmant que les Wazalendo seraient en grande majorité constitués de combattants hutus opposés au régime de Kigali, il ne fait sans doute qu’entériner publiquement une réalité déjà observable sur le terrain : l’intégration active de milices hutus extrémistes au premier rang desquelles les Nyatura et les FDLR dans un dispositif sécuritaire et militaire plus large, soutenu par des segments de l’appareil étatique congolais.

Cette dynamique s’inscrirait dans un compromis stratégique : combattre prioritairement le mouvement M23, tout en laissant entrevoir à ces groupes armés la perspective d’un retour ultérieur au Rwanda avec l’ambition proclamée de renverser le pouvoir de Kigali. Une telle perspective a été évoquée par plusieurs témoignages de combattants FDLR et Nyatura capturés ou rendus, et aurait été publiquement suggérée, à diverses occasions, par les présidents Félix Tshisekedi et Évariste Ndayishimiye lors de rencontres à Kinshasa.

Ainsi, la déclaration ministérielle ne relève pas de la simple incise oratoire. Elle apparaît plutôt comme la formalisation d’une réalité stratégique aux implications profondes : le recours à des forces porteuses d’une idéologie identitaire radicale, dont le discours et les pratiques contribuent objectivement à alimenter la polarisation communautaire et à fragiliser davantage la paix dans la région.

Toute analyse responsable de la situation impose dès lors de mesurer la gravité d’un tel choix politique, tant pour la stabilité interne de la RDC que pour la sécurité régionale et pour la protection des populations civiles, premières victimes de l’embrasement des imaginaires identitaires.

La déclaration du ministre Muhindo Nzangi Butondo suggère que le gouvernement congolais a armé des combattants hutus des milices Wazalendo pour affronter le Rwanda

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