Rubavu, le carrefour d’une espérance régionale

Redigé par Tite Gatabazi
Le 19 février 2026 à 01:42

Dans la ville de Rubavu s’est tenue, ce mardi, une rencontre d’une portée singulière, consacrée à l’avenir pacifié de la région des Grands Lacs.

A l’initiative de Félix Mutoni Gakunde, président du Forum Paix et Réconciliation des Grands Lacs, cette conférence a rassemblé des représentants des confessions religieuses ainsi que des autorités coutumières venues du Rwanda et de la République démocratique du Congo.

Il ne s’agissait point d’un colloque supplémentaire dans l’agenda déjà saturé des initiatives diplomatiques, mais d’une tentative résolue de replacer la question de la paix dans sa dimension la plus exigeante : celle de la responsabilité morale.

L’assemblée, composite dans ses appartenances mais unie par une même inquiétude, incarnait la conscience vive d’une sous-région éprouvée par les fractures de l’histoire et les convulsions récurrentes de la violence.

Dès l’ouverture des travaux, le ton fut solennel. Debout face à l’auditoire, le prélat lança une formule d’une apparente simplicité, mais d’une profondeur saisissante :

« La paix, rien que la paix. La paix chez moi, la paix chez toi, la paix chez les autres. »

Ce triptyque, à la fois intime et universel, devint l’axe structurant des échanges. Il traduisait une vision circulaire de la paix : elle ne saurait être fragmentée, ni territorialisée, ni réservée à un seul camp. Elle procède d’un mouvement qui commence en soi, s’étend au proche, puis s’élargit à l’altérité.

Ainsi se dessinait une conception organique de la réconciliation, où l’individu, la communauté et la région sont inséparablement liés.

La conversion intérieure comme préalable politique

Pour le Bishop Félix Mutoni Gakunde, l’heure n’est plus aux déclarations convenues ni aux proclamations sans lendemain. Les discours, s’ils ne s’accompagnent d’aucune métamorphose intérieure, demeurent lettres mortes. « Il est grand temps de faire la paix », affirma-t-il avec une gravité qui excluait toute ambiguïté.

Cette injonction ne visait pas seulement les gouvernements ou les appareils diplomatiques ; elle s’adressait à chaque conscience. Car, selon lui, la stabilité durable dans la région des Grands Lacs ne pourra être obtenue par les seuls mécanismes institutionnels.

Elle exige une transformation profonde du cœur humain. La paix véritable ne se décrète pas : elle se cultive, elle se conquiert d’abord sur les ressentiments, les peurs et les héritages de haine qui minent les sociétés.

« La paix commence en soi », insista-t-il, rappelant que nul ne peut prétendre œuvrer à la réconciliation collective s’il ne s’est préalablement réconcilié avec lui-même. Cette perspective confère aux responsables religieux et coutumiers un rôle déterminant.

Dépositaires d’une autorité morale et symbolique, ils sont appelés à devenir des artisans patients de la concorde, à prêcher l’apaisement, à désamorcer les discours incendiaires et à promouvoir une mémoire partagée plutôt qu’antagoniste.

Au-delà de l’événement lui-même, cette conférence aura posé une question fondamentale : la paix dans les Grands Lacs sera-t-elle l’effet d’un compromis fragile ou le fruit d’une conversion durable des mentalités ?

En plaçant la transformation intérieure au cœur du processus, l’initiative de Rubavu propose une voie exigeante mais nécessaire : celle d’une paix qui ne soit pas simple suspension des armes, mais refondation éthique des relations entre les peuples.

Ainsi, loin des slogans éphémères, se dessine une ambition plus haute : faire de chaque conscience le premier territoire à pacifier, afin que la région tout entière puisse enfin s’inscrire dans l’horizon d’une concorde stable et partagée.

La conférence, à l’initiative de Félix Mutoni Gakunde, a rassemblé des représentants des confessions religieuses ainsi que des autorités coutumières venues du Rwanda et de la RDC

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