Urgent

Une cohabitation conflictuelle entre la MONUSCO et l’AFC/M23

Redigé par Tite Gatabazi
Le 7 mai 2026 à 11:21

Depuis plusieurs années, la présence de la MONUSCO dans l’Est de la République démocratique du Congo suscite une défiance populaire croissante, alimentée par un sentiment diffus mais profondément enraciné d’inefficacité, d’ambiguïté et désormais, de partialité assumée.

Longtemps présentée comme une force d’interposition destinée à protéger les civils et à contribuer à la stabilisation régionale, la mission onusienne apparaît aujourd’hui, aux yeux d’une partie significative des populations locales, comme un acteur dont la posture dépasse largement le simple cadre du maintien de la paix.

L’année 2013 demeure, à cet égard, un tournant décisif. Après la défaite militaire du M23 à Goma, consécutive notamment à l’intervention de la brigade d’intervention de la MONUSCO, les cadres politico-militaires du mouvement furent contraints à l’exil dans les pays voisins.

Cette victoire, alors célébrée par les chancelleries occidentales comme un succès stratégique majeur, devait théoriquement ouvrir la voie à une stabilisation durable de l’Est congolais. Or, paradoxalement, la décennie qui suivit fut celle d’une prolifération sans précédent des groupes armés.

Des dizaines de milices locales et étrangères se sont progressivement enracinées dans les provinces du Nord-Kivu, du Sud-Kivu et de l’Ituri, imposant aux populations civiles une insécurité chronique faite de massacres, de pillages, d’enlèvements et de déplacements massifs.

Pendant cette longue période de fragmentation sécuritaire, la MONUSCO donna souvent le sentiment d’assister, impuissante sinon résignée, à la décomposition progressive de l’autorité étatique. Plus grave encore, de nombreuses accusations récurrentes ont fini par entacher durablement son image, notamment celles liées à des formes de coopération indirecte ou de tolérance opérationnelle envers les FDLR, groupe armé pourtant régulièrement dénoncé pour son idéologie extrémiste et son implication dans les violences régionales.

C’est précisément dans ce contexte que la résurgence de l’AFC/M23 a profondément reconfiguré les équilibres régionaux. Aux yeux du mouvement et d’une partie de ses sympathisants, la MONUSCO aurait progressivement abandonné toute prétention à la neutralité en apportant un soutien multiforme aux FARDC.

Les accusations portent autant sur le partage de renseignements militaires que sur l’appui logistique, le transport, la coordination opérationnelle ou encore la diffusion d’un narratif systématiquement favorable à Kinshasa dans les grandes enceintes diplomatiques internationales.

Cette perception d’une mission onusienne alignée sur les positions du pouvoir congolais nourrit désormais une hostilité ouverte dans plusieurs zones contrôlées par l’AFC/M23. Car une force de maintien de la paix ne peut durablement exercer sa mission lorsqu’elle est perçue non plus comme un arbitre, mais comme une partie prenante au conflit. Là réside toute la contradiction actuelle de la présence onusienne dans les zones dites libérées.

Comment, en effet, envisager une coexistence fonctionnelle entre la MONUSCO et un mouvement politico-militaire qu’elle considère implicitement comme un adversaire stratégique ? Comment prétendre jouer un rôle d’interposition crédible lorsque l’une des parties estime que les dispositifs onusiens servent principalement les intérêts militaires et diplomatiques de son ennemi ?

Et surtout, comment restaurer une confiance populaire profondément érodée par des années de perceptions négatives, de promesses non tenues et de résultats sécuritaires largement contestés ?

La question mérite d’autant plus d’être posée que le terrain évolue plus rapidement que les cadres diplomatiques traditionnels. Dans plusieurs localités passées sous contrôle de l’AFC/M23, une partie des populations affirme observer un retour de l’ordre, de la circulation économique et des activités agricoles. Cette réalité, qu’on l’approuve ou qu’on la conteste, crée de facto une nouvelle configuration politique et sécuritaire à laquelle les acteurs internationaux devront nécessairement s’adapter.

Or, la MONUSCO semble aujourd’hui enfermée dans une posture paradoxale : contestée par une large partie des populations pour son inefficacité passée, accusée de partialité par l’AFC/M23, mais toujours déterminée à préserver une architecture diplomatique fondée sur des équilibres désormais fragilisés par les mutations du terrain.

Cette situation nourrit une cohabitation de plus en plus conflictuelle, où la méfiance réciproque supplante progressivement toute possibilité de coopération pragmatique.

Derrière cette tension se profile une interrogation plus fondamentale encore sur l’avenir même des opérations de maintien de la paix contemporaines. Une mission onusienne peut-elle encore prétendre à la neutralité lorsqu’elle s’insère dans des conflits où les lignes entre assistance, coopération militaire et engagement politique deviennent de plus en plus poreuses ?

A l’Est du Congo, cette ambiguïté n’est plus théorique. Elle est devenue un facteur central du conflit lui-même.

Depuis plusieurs années, la présence de la MONUSCO dans l’est de la RDC suscite une défiance croissante, nourrie par des perceptions d’inefficacité, d’ambiguïté et de partialité

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