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L’ivresse du verbe face au désert du bilan en RDC

Redigé par Tite Gatabazi
Le 7 mai 2026 à 06:10

De report en report, d’hésitations en atermoiements, cette conférence de presse du Président Tshisekedi tenue hier aura finalement davantage révélé le malaise du pouvoir qu’elle n’aura éclairé l’opinion publique.

Le choix de la tenir à huis clos, devant un parterre de journalistes soigneusement sélectionnés pour leur docilité plus que pour leur esprit critique, constitue à lui seul un aveu politique. Car lorsqu’un pouvoir redoute les questions libres, lorsqu’il craint la contradiction et se réfugie dans l’entre-soi laudateur, il ne cherche plus à informer : il cherche à se protéger.

La conférence de presse cesse alors d’être un exercice démocratique pour devenir une liturgie de l’autocélébration.

L’on y aura vu des intervenants davantage préoccupés par la mise en scène de leur propre satisfaction que par l’exigence de vérité attendue par le peuple. Les interrogations fondamentales relatives à la gouvernance, à la situation sociale, à l’insécurité persistante, à la crise économique ou encore aux fractures institutionnelles auront été soigneusement contournées au profit d’un discours défensif où les boucs émissaires tiennent lieu d’argumentaire politique.

Tout semble toujours relever de la faute des autres : l’opposition, les partenaires extérieurs, les adversaires réels ou imaginaires, voire parfois le peuple lui-même. Jamais l’ombre d’une autocritique, jamais la moindre reconnaissance des insuffisances pourtant visibles jusque dans le quotidien des citoyens.

Cette scénographie du satisfecit permanent atteint même des sommets d’incongruité lorsque les prises de parole sont ponctuées d’applaudissements. Une conférence de presse où le pouvoir se fait acclamer par ceux censés l’interroger avec rigueur relève moins de l’exercice républicain que du cérémonial de cour.

Le journaliste y abandonne son rôle de contre-pouvoir pour devenir figurant d’une représentation politique soigneusement chorégraphiée. La démocratie, elle, exige des questions embarrassantes, des contradictions, des relances incisives, non des ovations complaisantes.

Mais le plus troublant demeure sans doute les contradictions flagrantes qui auront jalonné les échanges. Comment soutenir, sans vaciller dans l’incohérence, qu’il serait impossible d’organiser des élections tout en annonçant dans le même souffle le recours à un référendum ?

Faut-il rappeler à ceux qui gouvernent qu’un référendum constitue précisément une consultation électorale ? Cette contradiction manifeste illustre une dérive plus profonde : celle d’un discours politique devenu prisonnier de sa propre improvisation, où l’on affirme une chose et son contraire avec une désinvolture déconcertante, en espérant que la répétition supplante la logique.

Derrière cette communication verrouillée apparaît surtout une inquiétude grandissante : celle d’un pouvoir qui semble davantage préoccupé par le contrôle du récit que par la résolution des crises. Lorsque l’on préfère les salles fermées aux débats ouverts, les journalistes acquis aux contradicteurs exigeants, les applaudissements aux interpellations citoyennes, c’est que l’on ne gouverne plus dans la confiance mais dans la crainte du réel.

Or, aucune opération de communication, aussi soigneusement scénarisée soit-elle, ne peut durablement masquer les contradictions d’un régime confronté à ses propres limites. Le peuple, lui, ne vit ni dans les communiqués triomphalistes ni dans les salles climatisées des conférences verrouillées. Il vit dans la dureté du quotidien, dans les promesses non tenues, dans l’érosion du pouvoir d’achat, dans l’angoisse sécuritaire et dans la fatigue d’un discours officiel devenu répétitif.

A vouloir transformer l’exercice démocratique en spectacle d’autosatisfaction, le pouvoir prend le risque de se couper davantage encore de la réalité nationale. Et lorsqu’un régime en vient à craindre les questions plus que les crises elles-mêmes, c’est souvent le signe que le malaise est déjà profond.

De report en report, d’hésitations en atermoiements, cette conférence de presse du Président Tshisekedi tenue hier aura finalement davantage révélé le malaise du pouvoir qu’elle n’aura éclairé l’opinion publique

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