Le Général Ekenge, intervenant sur la chaîne publique Radio-Télévision Nationale Congolaise (RTNC), mit en garde les hommes congolais contre le mariage avec des femmes tutsies, les présentant comme des instruments d’infiltration destinés à préserver une prétendue supériorité ethnique.
Ces propos, manifestement rédigés au préalable et lus à l’antenne, furent renforcés par l’attitude d’Oscar Mbal Kahji, journaliste et directeur des informations ad interim, laissant entrevoir une coordination institutionnelle plutôt qu’un simple dérapage individuel.
Le gouvernement congolais réagit rapidement à l’indignation internationale en suspendant, le 29 décembre, tant le Général Ekenge que l’animateur concerné et en publiant des déclarations condamnant ces propos comme contraires aux valeurs de la RDC, tout en affirmant qu’ils ne reflétaient pas la position officielle de l’État.
L’argument central soutient que, si la suspension peut apaiser les préoccupations immédiates de la communauté internationale, elle demeure insuffisante pour traiter la discrimination anti-tutsi institutionnalisée qui menace à la fois la protection des civils et la viabilité des Accords de Washington. À défaut de réformes systémiques concrètes, l’accord de paix risque de rejoindre la longue liste des initiatives diplomatiques avortées, avec des conséquences potentiellement dévastatrices pour des millions de civils dans l’Est de la RDC.
L’Est de la RDC connaît une instabilité persistante depuis l’afflux de réfugiés consécutif au génocide perpétré en 1994 contre les Tutsi au Rwanda. La région est affectée depuis trois décennies par de multiples conflits impliquant plus de cent vingt groupes armés, constituant ce que l’Organisation des Nations unies décrit comme l’une des crises humanitaires les plus longues, complexes et graves au monde.
Dans ce contexte hautement volatile, les Tutsi congolais, sont confrontés à une discrimination et à des violences systématiques que nombre d’observateurs considèrent aujourd’hui comme institutionnalisées sous des gouvernements successifs.
Cette discrimination se manifeste sous diverses formes. Les Tutsi congolais sont régulièrement qualifiés d’étrangers ou d’agents rwandais afin de légitimer les violences et exactions commises à leur encontre, bien que nombre de familles soient établies en RDC depuis plusieurs générations.
Les milices Wazalendo, bénéficiant d’un appui étatique, continuent de cibler les communautés tutsies, contraignant des familles à quitter leurs terres ancestrales sous la pression de la violence et de l’intimidation. L’intégration des FDLR groupe comprenant des auteurs du génocide de 1994 contre les Tutsi au Rwanda au sein des structures des FARDC crée des menaces sécuritaires directes pour les populations tutsies, qui redoutent ces forces.
Des propagandes présentant les Tutsi comme une menace étrangère se sont amplifiées par divers canaux, certains promoteurs de ces discours étant reçus et légitimés au Palais présidentiel.
Le gouvernement congolais n’a pas systématiquement combattu cette discrimination anti-tutsi, de sorte que l’incident Ekenge apparaît davantage comme le reflet d’une tolérance institutionnelle profonde que comme une entorse isolée à la ligne officielle.
L’absence de leadership présidentiel dans la condamnation de ces discours discriminatoires, ainsi que l’inertie face à la nécessité d’une protection effective des communautés tutsies, a créé un environnement permissif où les propos haineux peuvent prospérer par des canaux officiels. La diffusion de ce discours à tonalité génocidaire sur la télévision d’État s’inscrit ainsi dans ce contexte de silence gouvernemental, laissant penser que ce type de message correspond moins à une déviation individuelle qu’à un discours considéré comme recevable au sein des institutions.
Cela rend l’incident d’autant plus préoccupant qu’il ne s’agit pas seulement de l’écart d’un acteur isolé, mais d’un porte-parole intervenant dans les limites du discours toléré par l’État.
Dynamiques actuelles du conflit
La phase actuelle du conflit a débuté en 2022 avec la résurgence du mouvement rebelle M23, après des années de latence consécutives à la rébellion de 2012-2013. Le M23 affirme représenter les communautés tutsies congolaises confrontées à une persécution systématique et à des violences de la part du gouvernement congolais et de milices alliées.
Au début de l’année 2025, l’AFC/M23 a lancé une offensive majeure ayant conduit à la prise de grandes villes, dont Goma et Bukavu, capitales provinciales du Nord- et du Sud-Kivu. Il s’est agi de l’escalade la plus importante depuis l’occupation temporaire de Goma en 2012.
Ce conflit met crûment en lumière l’incapacité ou le refus de l’État congolais d’assurer une protection égale à tous ses citoyens, en particulier aux communautés tutsies exposées aux violences de milices appuyées par l’État.
L’AFC/M23 justifie son insurrection armée par la nécessité de protéger les populations tutsies congolaises contre la discrimination systématique, les violences et la présence d’éléments des FDLR au sein des forces de sécurité. Le mouvement exige un dialogue politique, des garanties sécuritaires pour les communautés tutsies ainsi que la reddition de comptes face aux discriminations subies.
Le gouvernement de la RDC, de son côté, qualifie l’AFC/ M23 d’organisation terroriste et nie toute discrimination systématique à l’égard des populations tutsies, présentant le conflit comme une agression extérieure. Ce désaccord fondamental sur la nature même du conflit et sur la légitimité des griefs empêche l’émergence et la pérennité d’accords de paix véritables, chaque partie considérant la position de l’autre comme illégitime.














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