Mais cette même politique possède son revers sombre : elle peut se révéler infidèle à la parole donnée, profondément imprévisible, parfois cruelle au point de renier ceux qui y voyaient un instrument de transformation noble. Là où l’on attend le sens de l’État et la fidélité aux engagements, surgissent trop souvent la versatilité, la duplicité et la tentation permanente de l’esquive morale.
Lorsque l’on assiste, impuissant, à la prolifération d’alliances contre nature, c’est tout l’édifice éthique du discours public qui vacille. Les pactes conclus au mépris des convictions proclamées, la légèreté avec laquelle la parole solennellement donnée est ensuite reniée, révèlent moins une stratégie subtile qu’un inquiétant effondrement du sens de l’honneur.
Celui qui ne respecte plus ses propres engagements cesse du même coup de se respecter lui-même ; il ne respecte ni ses partenaires ni le peuple au nom duquel il prétend parler et il ne saurait dès lors exiger le respect qu’il refuse d’accorder. Sa crédibilité s’étiole, son autorité morale se dissout et le discrédit finit par le poursuivre comme une ombre : l’imposture est dévoilée et la scène publique se met à le tourner en dérision.
Au sommet de l’État, une telle dérive ne relève plus seulement d’une faute personnelle : elle devient un désastre national. Car lorsque le détenteur de la plus haute charge se fait l’artisan d’une gouvernance oscillant entre revirements opportunistes, contradictions publiques et reniements répétés, c’est le pays tout entier qui en subit les conséquences.
L’image extérieure se fissure, la confiance intérieure s’érode et la politique se mue en théâtre d’improvisations dangereuses.
Dans ce contexte, l’autosatisfaction communicative de la Ministre des affaires étrangères, Mme Thérèse Kayikwamba, consistant à se glorifier d’avoir mis un terme à un contrat d’image tel que celui de Visit Rwanda avec un club londonien Arsenal, paraîtrait presque dérisoire au regard des pertes diplomatiques, économiques et stratégiques subies ailleurs à Luanda, à Doha ou à Washington. Le triomphalisme d’apparat se substitue ainsi à l’examen sérieux des échecs et aux responsabilités assumées face à la nation.
Plus grave encore : tandis que certains responsables se targuent d’exploits symboliques, d’autres s’abandonnent à des accusations publiques d’une extrême gravité. Lorsque Jean-Pierre Bemba met en cause l’ancien Président Joseph Kabila dans la question des Mobondo et se voit publiquement démenti par les forces armées, lesquelles, à leur tour, désignent des proches du chef de l’État actuel, c’est le spectacle d’une parole officielle fragmentée qui s’offre au pays et au monde. La cacophonie remplace la cohérence, la rumeur prend la place de la vérité d’État, et la confiance citoyenne se délite.
Que penser, enfin, lorsque des responsables gouvernementaux s’affichent complaisamment aux côtés des propagateurs de discours de haine, notamment antitutsis, contribuant ainsi à nourrir des imaginaires dangereux qui ont déjà endeuillé l’histoire du continent ? Le Président Tshisekedi en personne ainsi que son ministre de la communication et porte-parole du gouvernement, Patrick Muyaya.
Ce glissement n’est pas anodin : il marque une faillite morale, un relâchement de la vigilance éthique et une banalisation inquiétante de la parole incendiaire.
La scène intérieure comme la scène internationale observent, stupéfaites, ce spectacle de contradictions, d’improvisations et d’alliances paradoxales. Ce qui se joue ici dépasse les querelles partisanes : c’est la crédibilité même de la parole publique, la dignité de l’État et la confiance des citoyens qui sont en cause.
Une politique qui abdique son exigence morale ne produit pas la stabilité, mais la dérision ; elle ne fonde pas l’autorité, elle engendre la méfiance ; elle ne construit pas l’avenir, elle prépare le naufrage.
Reste alors une question, grave et incontournable : un pouvoir qui se renie peut-il encore prétendre conduire la destinée d’une nation sans la précipiter dans de nouvelles désillusions ?














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