Elle ne relève ni de la simple rhétorique de mobilisation ni de l’emportement verbal propre aux conjonctures de crise. Elle s’inscrit, au contraire, dans une grammaire politique assumée, où la parole n’est plus seulement un instrument de communication, mais un acte performatif de souveraineté.
En affirmant que toute velléité de retour en arrière visant à annuler les actes de l’AFC/M23 relève de l’illusion et que la paix retrouvée sera défendue avec la même intensité que celle qui a présidé à la « libération » du territoire, le message trace une ligne de démarcation nette entre l’ancien régime de l’abandon et une nouvelle logique d’auto-détermination sécuritaire et politique.
Ce propos, pris dans sa densité, témoigne avant tout d’une détermination forgée dans la longue expérience de la relégation. Il révèle l’émergence d’acteurs qui, longtemps confinés à l’invisibilité politique, ne suscitèrent l’intérêt des centres de pouvoir et des observateurs internationaux qu’à partir du moment où ils décidèrent de prendre à bras-le-corps les persécutions, les exclusions et les impasses structurelles qui les enfermaient.
La parole de Bisimwa n’est donc pas un défi lancé au monde ; elle est le constat d’un basculement : celui par lequel des communautés, autrefois sommées d’attendre indéfiniment une solution venue d’ailleurs, revendiquent désormais leur capacité à produire elles-mêmes de l’ordre, de la sécurité et une perspective d’avenir.
Dans cette perspective, le rejet explicite du misérabilisme apparaît comme un geste intellectuel et politique majeur. Il rompt avec une représentation condescendante de populations éternellement mineures, réduites au statut d’objets de compassion humanitaire ou de variables d’ajustement diplomatique.
Revendiquer la maturité politique, c’est affirmer la capacité à diagnostiquer ses propres maux, à en assumer le traitement et à en supporter les coûts historiques. Le discours ne nie pas la complexité de la situation ; il affirme simplement que l’ère de la délégation totale aux capitales lointaines, aux chancelleries prudentes, aux médiations sans fin touche à ses limites.
Surtout, l’insistance sur le « début d’exécution » est lourde de sens. Elle suggère que l’on n’est plus dans l’utopie ni dans la simple proclamation d’intentions, mais dans un processus déjà engagé, structuré, et appelé à se renforcer plutôt qu’à s’étioler.
Cette dynamique renverse le rapport classique entre le temps politique local et le temps bureaucratique international : là où ce dernier s’enlise dans l’attente, les rapports et les conditionnalités, le premier avance par paliers, au rythme de la sécurité restaurée et de la légitimité acquise sur le terrain.
Dès lors, l’image finale du « vent de l’histoire » n’est pas qu’une métaphore lyrique. Elle renvoie à une intuition profonde des sciences politiques : les révolutions, au sens large, ne se demandent pas la permission d’advenir. Elles produisent leurs propres effets, leurs propres résistances et leurs propres retombées, souvent avant même que les cadres conceptuels existants ne soient capables de les nommer correctement.
A l’Est de la RDC, ce vent souffle avec la force des longues frustrations accumulées et des espoirs reconquis. Qu’on le déplore ou qu’on l’analyse avec lucidité, il impose désormais un fait incontournable : celui d’acteurs qui ne se pensent plus comme des victimes périphériques de l’histoire, mais comme des sujets politiques en train de la faire.














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