La lucidité consiste à regarder en face l’échec patent des recettes éprouvées, l’illusion de la solution exclusivement militaire, la diplomatie fragmentée, les dialogues sans lendemain et à reconnaître que la persistance de la guerre n’est plus une fatalité, mais le symptôme d’une impuissance politique prolongée.
Le courage, quant à lui, suppose de rompre avec les postures de convenance, d’assumer des choix impopulaires mais nécessaires, d’inclure là où l’instinct pousse à exclure et de subordonner les calculs de pouvoir à l’intérêt supérieur de la nation.
Sans cette double exigence, la paix demeure un horizon rhétorique, perpétuellement invoqué et jamais atteint ; avec elle, elle devient enfin un projet structuré, exigeant, mais à la hauteur du sacrifice consenti par un peuple trop longtemps pris en otage par la répétition des échecs.
Après Nairobi, Luanda, Doha, Washington et l’échec retentissant du rendez-vous de Lomé, la scène diplomatique congolaise semble prisonnière d’une répétition incantatoire où la multiplication des cadres de médiation tient lieu de stratégie.
Le retour à Luanda, une fois encore choisi de manière unilatérale par le président Félix Tshisekedi, ne saurait être appréhendé comme un simple épisode supplémentaire d’un feuilleton diplomatique déjà saturé. Il constitue, au contraire, une épreuve de vérité : soit cette initiative parvient à rompre avec les ambiguïtés structurelles des processus antérieurs, soit elle s’ajoutera à la longue liste des occasions manquées, nourrissant un peu plus le scepticisme des populations et l’épuisement moral de la nation.
Les conditions posées pour que l’initiative de Luanda produise enfin des effets tangibles ne relèvent ni du maximalisme politique ni d’une exigence théorique hors sol.
Elles procèdent d’un constat lucide, forgé par des années d’échecs répétés. La première exigence est celle de la clarification. Tant que Luanda ne sera pas clairement articulé ou hiérarchisé par rapport aux autres processus en cours ou avortés, il demeurera un forum de plus, sans boussole ni finalité intelligible. La diplomatie ne se mesure pas au nombre de tables rondes, mais à la cohérence de l’architecture politique qu’elle construit.
La deuxième condition, celle de l’inclusion de tous les acteurs, touche au cœur du mal congolais. Les processus tronqués, sélectifs ou dictés par des préférences politiques internes ont systématiquement échoué.
Exclure, c’est préparer la récidive du conflit ; inclure, ce n’est pas légitimer la violence, mais reconnaître une réalité politique qu’aucune incantation morale ne saurait effacer. La paix durable ne se décrète pas contre des acteurs enracinés dans le conflit, elle se négocie avec eux, aussi inconfortable que cela puisse paraître.
La troisième exigence, la création d’un mécanisme contraignant de surveillance et d’imposition du cessez-le-feu constitue le talon d’Achille de toutes les initiatives précédentes. Les cessez-le-feu proclamés sans dispositifs crédibles de vérification et de sanction se sont révélés être des parenthèses tactiques, aussitôt refermées par la reprise des hostilités. Sans contrainte, le cessez-le-feu n’est qu’une fiction diplomatique ; sans sanctions effectives, il devient une prime à la duplicité.
La quatrième condition impose d’assumer pleinement la dimension régionale du conflit. Feindre d’ignorer les rôles de l’Ouganda et du Burundi, ou les réduire à des variables secondaires, revient à traiter les symptômes en occultant les causes.
La crise de l’Est de la RDC n’est pas un huis clos national : elle est un nœud géopolitique régional, où s’entrecroisent intérêts sécuritaires, logiques économiques et héritages historiques non résolus. Toute initiative qui n’intègre pas cette réalité est vouée à l’impuissance.
Enfin, la cinquième exigence, la mise en place de mécanismes de justice pour les crimes graves constitue la condition morale et politique de toute paix véritable. L’impunité chronique a été le carburant discret mais constant de la guerre. Construire la paix sur l’oubli forcé des crimes les plus graves, c’est en programmer l’effondrement futur. La justice n’est pas un luxe post-conflit ; elle est un pilier constitutif de la réconciliation et de la restauration de l’autorité de l’État.
Sans la prise en compte rigoureuse de ces conditions, un nouveau processus ne serait, en effet, qu’une perte de temps et le temps, en RDC, est devenu une ressource tragiquement rare. Le moment est peut-être venu d’admettre une vérité dérangeante : la guerre a échoué. Elle a échoué militairement, politiquement et moralement. Elle a épuisé la nation sans la protéger, fragmenté le territoire sans restaurer la souveraineté et vidé le discours étatique de sa crédibilité.
Mettre un terme urgent et durable au conflit doit désormais s’imposer comme un impératif moral, politique et national. Que l’année qui s’ouvre soit celle d’un sursaut lucide, d’une rupture avec les faux-semblants diplomatiques et d’une paix enfin construite sur des bases solides.
Mais une telle ambition exige plus que des déplacements présidentiels et des annonces solennelles : elle requiert une volonté politique claire, constante et assumée, ainsi qu’une lucidité au sommet de l’État qui, à ce jour, demeure encore cruellement insuffisante. L’histoire, elle, n’attendra pas indéfiniment.














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