Accord de Washington ou une paix sous respiration assistée

Redigé par Tite Gatabazi
Le 5 janvier 2026 à 01:22

Six mois après sa signature solennelle, le 27 juin 2025, l’Accord de Paix de Washington, conclu entre la République démocratique du Congo et le Rwanda, apparaît déjà comme un édifice fragile, miné par une mise en œuvre hésitante et une dynamique d’essoufflement précoce.

Le Baromètre des Accords de Paix en Afrique, dans son dernier rapport d’évaluation, met crûment en lumière cette réalité : malgré l’abondance des proclamations et la densité des engagements juridiques, la concrétisation demeure largement embryonnaire.

Le taux global d’exécution, figé à 23,3 % en décembre 2025, identique à celui enregistré en novembre, vaut moins comme un chiffre que comme un symbole : celui d’un processus presque en apnée, incapable de franchir le seuil de l’inertie.

Une dynamique normativement féconde mais politiquement inopérante

Il serait toutefois abusif de prétendre que rien n’a été accompli. Les avancées observées relèvent essentiellement du registre normatif et institutionnel. L’entérinement formel de l’accord par les présidents congolais et rwandais, la conclusion d’une série d’instruments bilatéraux à portée économique et sécuritaire, ainsi que l’adoption par le Conseil de sécurité des Nations Unies de la résolution 2808 (2025) prorogeant et renforçant le mandat de la MONUSCO, constituent des pas qui, sur le plan juridique, ne sont pas négligeables.

Pourtant, ces progrès restent de nature essentiellement déclarative. Ils construisent une architecture de textes, de cadres et de dispositifs qui, pour l’heure, peinent à se traduire en transformations tangibles sur le terrain. C’est toute la tension classique des processus de paix africains qui ressurgit : l’abondance du droit ne garantit pas l’effectivité du réel ; la surproduction normative masque mal la sous-production opérationnelle.

L’âpreté du terrain : la persistance des hostilités et l’inexécution des obligations cardinales

La véritable pierre d’achoppement réside dans le domaine sécuritaire. L’Est de la RDC demeure le théâtre d’hostilités persistantes, où les logiques de confrontation, de méfiance réciproque et de rivalités armées l’emportent sur les appels à la désescalade.

Deux obligations majeures, pourtant conçues comme prioritaires dans l’Accord de Washington, accusent des retards lourds de conséquences : la neutralisation effective des FDLR et la levée des mesures défensives prises par le Rwanda.

Le blocage ne tient pas seulement aux capacités militaires ou logistiques des parties, mais également à une crise de confiance structurelle. Le soupçon persistant quant à une éventuelle infiltration de membres des FDLR au sein des forces armées congolaises nourrit les récriminations, tandis que le maintien des postures défensives rwandaises alimente une spirale de justifications mutuelles.

Ainsi, l’on se retrouve face à un paradoxe cruel : les mécanismes de paix existent, mais les logiques de guerre continuent d’organiser les comportements.

Des recommandations à la croisée du politique et de l’opérationnel

Face à cette stagnation préoccupante, le rapport du Baromètre formule des recommandations qui relèvent à la fois de la technique et du politique. À l’endroit des autorités congolaises, il appelle à une accélération résolue des opérations coordonnées de neutralisation des FDLR, tout en envisageant explicitement l’implication de la MONUSCO, y compris dans les zones actuellement sous contrôle de l’AFC/M23.

Il recommande en outre la fourniture d’assurances claires et vérifiables attestant de l’absence de combattants FDLR au sein des FARDC, condition indispensable à la restauration d’un minimum de crédibilité et de confiance.

Au Rwanda, il est demandé de mettre en œuvre, sans délai, le plan de désengagement et de lever les mesures défensives. Kigali est en outre invité à offrir des garanties sécuritaires ou judiciaires crédibles en direction des membres des FDLR encore présents sur le sol congolais, afin de favoriser leur reddition volontaire et leur rapatriement. Ces garanties devront, pour être opérantes, être explicitées et rassurantes aux yeux des facilitateurs internationaux.

Quant au collectif des facilitateurs, États-Unis, Qatar et médiation de l’Union africaine, leur responsabilité apparaît décisive. Il leur est suggéré d’élaborer un mémorandum d’entente clarifiant la complémentarité des processus de Washington et de Doha, permettant à la fois l’intégration de l’AFC/M23 dans le dispositif de Washington et l’implication du Rwanda dans les mécanismes de Doha.

L’objectif n’est rien moins que d’éviter l’émiettement des initiatives de paix et de les inscrire dans une cohérence stratégique. À cela s’ajoute une exigence supplémentaire : garantir à la MONUSCO les ressources financières, techniques et logistiques à la hauteur de son mandat renforcé.

Une paix encore en suspens

L’Accord de Washington apparaît aujourd’hui comme une promesse en suspens. Les textes existent, les déclarations abondent, les résolutions s’accumulent ; mais la paix ne se mesure pas à la densité des documents signés, elle se juge à l’aune du silence des armes et du retour à la sécurité des populations.

Tant que les obligations centrales resteront lettre morte et que la confiance ne sera pas restaurée, le pourcentage de mise en œuvre demeurera un chiffre immobile, révélateur d’un processus enlisé. La véritable question n’est plus de savoir si l’accord est bien conçu, mais s’il existe encore une volonté politique suffisamment ferme pour le faire vivre.

Six mois après sa signature, l’Accord de Paix de Washington entre la RDC et le Rwanda montre déjà des signes de fragilité et d’essoufflement

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