Quiconque ose déchirer le voile commode des mensonges officiels s’expose souvent à des représailles qui attestent combien la liberté d’expression demeure fragile. Les excès de pouvoir, le dévoiement des institutions et l’usage partial de la puissance publique sont devenus si récurrents qu’ils saturent l’espace public au point de désorienter les consciences et de brouiller le sens moral collectif.
Les abus ne se donnent plus à voir comme des dérapages isolés, mais comme un mode de gouvernement tacite, où la confusion entre l’intérêt général et les intérêts partisans tend à se normaliser. L’État, au lieu d’apparaître comme l’ultime refuge du citoyen, se transforme trop souvent en appareil de contrainte instrumentalisé.
Dans ce climat d’intimidation latente, la parole honnête est jugée subversive, et le témoignage des faits est perçu comme une provocation. C’est dans ce contexte délétère que se situe l’épisode récent ayant conduit au rappel à Kinshasa du porte-parole des opérations Ngemba, le capitaine Anthony Mualushayi.
Ce dernier, dans une communication publique, avait mis en lumière des éléments jugés sensibles par certains centres de pouvoir. Il avait notamment dénoncé l’implication d’acteurs politiques dans l’animation et l’encadrement de la milice Mobondo, laquelle, de simple nébuleuse armée communautaire, serait désormais considérée par l’armée comme un mouvement rebelle structuré.
Il avait également attiré l’attention sur la réorganisation territoriale opérée par ces miliciens dans la région de Kwamouth, où des villages ont été rebaptisés comme pour signifier une prise de contrôle assumée. En d’autres termes, il avait dévoilé, sans ambages, la profondeur du désordre et l’étendue des complicités.
Le rappel de cet officier à Kinshasa, survenu peu après ses déclarations, apparaît dès lors comme un signal fort : celui d’une hiérarchie qui tolère mal que la lumière soit faite sur les zones d’ombre où se croisent, parfois, acteurs politiques et entrepreneurs de violence.
Cette décision semble participer d’une logique plus générale consistant à dissuader les voix discordantes et à rappeler que la vérité ne saurait être exprimée en dehors du cadre étroit tracé par le pouvoir. La parole militaire, lorsqu’elle cesse d’être purement instrumentale pour devenir critique, est immédiatement rappelée à l’ordre.
Cette situation pose une question plus large et plus fondamentale : celle de la nature du lien entre pouvoir et responsabilité dans un État qui se veut démocratique. Là où la gouvernance suppose transparence, redevabilité et contrôle citoyen, se développent au contraire l’opacité, l’impunité et la personnalisation de l’autorité.
Le discours officiel se ferme, la critique est disqualifiée et la société se voit sommée de détourner le regard sous peine de sanctions. Le citoyen ne sait plus « où orienter le regard », non par indifférence, mais parce que l’ampleur des abus le submerge.
Ainsi, la République se trouve placée devant un paradoxe inquiétant : ceux qui alertent sur les dérives sont réduits au silence, tandis que ceux qui en sont les artisans s’abritent derrière la sacro-sainte rhétorique de la souveraineté et de la sécurité nationale.
La conséquence en est une érosion progressive de la confiance publique, une banalisation de l’arbitraire et une anesthésie morale des institutions. La vérité, reléguée au rang de menace, ne circule plus librement ; elle se chuchote, se dissimule, ou s’exile.
En définitive, ce qui se joue à travers le sort réservé au capitaine Mualushayi dépasse le cadre d’un simple rappel administratif : il s’agit d’un symptôme. Symbole d’un État qui peine à accepter la lucidité critique, cet épisode rappelle qu’aucune société ne saurait durablement se construire sur la peur, la dissimulation et la confiscation de la parole.
Tant que dire la vérité restera un acte dangereux, la gouvernance congolaise demeurera inachevée, et l’autorité publique continuera de se confondre avec l’abus de pouvoir plutôt qu’avec le service désintéressé de la Nation.














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