Urgent

De la fausse paix et de la vérité trahie

Redigé par Tite Gatabazi
Le 26 janvier 2026 à 08:50

Les faire-valoir portent en eux le vice originel de la trahison : ils renoncent à la cause des leurs, non par ignorance mais par calcul, et livrent leur communauté aux bourreaux qu’ils finissent par rejoindre, toute honte bue, pour quelques miettes de reconnaissance ou d’avantages dérisoires.

Parmi les Banyamulenge eux-mêmes, il existe hélas de tels relais dociles, instrumentalisés par le bourreau afin de désarmer la légitimité de la cause, de la diluer dans la confusion et de la noyer sous des discours d’allégeance travestis en sagesse. Ces figures de reniement, loin de défendre le vivre-ensemble, en deviennent les fossoyeurs zélés, préférant l’opprobre à la dignité, la soumission à la vérité, et l’attaque perfide à la solidarité élémentaire envers les victimes.

C’est dans cette logique perverse que s’inscrit l’hostilité dirigée contre Maître Moïse Nyarugabo, figure emblématique et assumée de la cause, précisément parce qu’il refuse le masque, nomme le mal et se tient aux côtés des persécutés. Le message qui lui a été adressé ne saurait dès lors être tenu pour un appel sincère à la paix ni pour une contribution honnête au vivre-ensemble : il procède d’une rhétorique profondément viciée, où la mauvaise foi se conjugue à la stigmatisation communautaire et à une réécriture opportuniste de l’histoire.

Sous couvert d’un langage faussement apaisant, il recycle les ressorts les plus délétères du soupçon ethnique et de l’essentialisation collective, tout en s’acharnant à salir celui dont la parole dérange parce qu’elle demeure droite, constante et irréductible à l’ordre imposé par le bourreau et ses auxiliaires.

Accuser Maître Moïse Nyarugabo de tenir un discours de haine relève d’une inversion perfide des responsabilités, d’une manœuvre aussi grossière que calculée. Car, dans le même mouvement, l’auteur de ces imputations mensongères déploie lui-même une prose saturée de mépris latent, de suspicion obsessionnelle et d’hostilité systématique dirigée contre une seule et même communauté : les Banyamulenge.

Se réclamer de la cohésion sociale dans un tel contexte revient à se draper dans un vocabulaire convenu pour usurper une posture morale qui ne résiste pas à l’examen.

Prétendre défendre l’unité nationale tout en liant mécaniquement les Banyamulenge au Rwanda, à une prétendue manipulation étrangère, à la guerre ou à une supposée ingratitude collective, ce n’est pas seulement falsifier le réel : c’est injurier une communauté entière, l’arracher symboliquement à sa terre et lui contester, par insinuations successives, son droit même à l’appartenance nationale.

Or ce sont précisément ces discours d’amalgames, de contre-vérités, de réécritures intéressées de l’histoire et de déni de citoyenneté qui, depuis des décennies, nourrissent les violences ciblées, les pillages, les massacres et les déplacements forcés dans le Sud-Kivu.

Il faut donc l’énoncer sans détour : ce n’est pas Maître Moïse Nyarugabo qui fracture la cohésion sociale. Ce sont ces rhétoriques accusatrices et essentialisantes, portées bien souvent par des faire-valoir complaisants, qui transforment une communauté entière en suspect permanent et en bouc émissaire commode des crises nationales.

Leur ruse consiste précisément à inverser les responsabilités : faire passer la victime pour le fauteur de troubles, et le défenseur des droits pour l’incendiaire. L’argumentaire relatif aux postes occupés par certains Congolais tutsis ou banyamulenge dans l’appareil d’État participe de cette imposture intellectuelle. Il est non seulement indécent, mais moralement intenable.

Insinuer que l’accès de quelques individus à des fonctions publiques suffirait à nier ou relativiser la persécution subie par une communauté entière relève d’un cynisme confondant. Depuis quand le fait d’être sénateur, ministre ou général protège-t-il une population contre les massacres, les pillages et les entreprises d’extermination locale ?

Un tel raisonnement, creux et insultant pour la mémoire des victimes, ne fait en réalité que préparer le terrain idéologique du bourreau, en recyclant ses justifications sous des dehors faussement respectables.

On s’égare tout autant lorsqu’on feint d’interroger, sous les dehors d’une ingénuité étudiée, la réalité des violences subies par les Banyamulenge avant 1990. Une telle posture ne saurait être interprétée autrement que comme le symptôme de l’expression d’un mensonge délibéré.

Les discriminations foncières, les exclusions administratives, les violences coutumières et les pogroms locaux dont cette communauté a été la cible sont amplement attestés bien avant cette échéance. Les crises de 1964-1965, de 1972, de 1981 et de 1988 constituent des jalons historiques irréfutables, que nul artifice rhétorique ne saurait effacer. Aucun paragraphe manipulateur, fût-il paré des atours d’un discours prétendument pacificateur, ne peut abolir ces faits ni dissoudre leur gravité dans l’oubli opportun.

Plus préoccupante encore est l’invitation à peine voilée à un retour supposément « calme » des Banyamulenge à Uvira, comme si l’expérience du sang, de l’exil et de la peur pouvait être niée par une formule incantatoire. Après des pillages méthodiques, des massacres répétés, des discours publics de haine et une impunité quasi totale accordée aux agresseurs, évoquer une coexistence paisible relève soit d’une naïveté criminelle, soit d’un mépris assumé pour la sécurité de vies humaines.

Dans ce contexte, faire de Maître Moïse Nyarugabo un exutoire commode, l’accablant indistinctement de la guerre, du Rwanda, des frustrations nationales et des conflits intercommunautaires procède d’une personnalisation abusive, intellectuellement paresseuse et politiquement malhonnête.

Défendre une communauté menacée n’a rien d’un discours guerrier ; nommer l’injustice n’est pas un appel à la haine. S’il dérange, c’est précisément parce qu’il oppose le courage de la parole droite à la lâcheté de ceux qui préfèrent l’esquive, l’amalgame et le silence complice.

On ne saurait se réclamer de la foi chrétienne tout en niant les crimes subis par une communauté, sa propre communauté, en exigeant son silence, en relativisant ses souffrances et en l’accusant d’être la cause de sa propre persécution. Ce n’est ni de la spiritualité ni de l’éthique : c’est une hypocrisie morale travestie en vertu.

En définitive, les faire-valoir ont sciemment opté pour la cupidité et la trahison, et ce choix, loin d’être anodin, les poursuivra comme une marque indélébile. Ils ne prêchent nullement la paix : ils érigent la soumission d’une communauté en horizon politique. Ils ne défendent pas le vivre-ensemble : ils consacrent une hiérarchie ethnique larvée, dissimulée sous des formules policées. Ils ne combattent pas la haine : ils la recyclent, la reconditionnent et la diffusent sous un vernis pacifiste trompeur.

Face à ces manœuvres, ils trouveront toujours Maître Moïse Nyarugabo debout, paisible et inébranlable, même au cœur des ouragans qu’ils contribuent à susciter. Sa constance, sa dignité et sa fidélité à la vérité feront contraste avec leurs reniements ; et dans ce face-à-face inévitable entre la droiture et la compromission, ce n’est pas lui qui rougira, mais bien ceux qui auront tenté d’avilir la cause et d’effacer l’histoire.

Car la paix véritable ne se bâtit ni sur le mensonge, ni sur l’humiliation d’un groupe humain, ni sur la négation des faits : elle exige le respect des personnes, des communautés et de la vérité historique, sans quoi elle n’est qu’un mot creux, privé de toute substance morale.

Maître Moïse Nyarugabo, figure emblématique et assumée de la cause Banyamulenge

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