Fût-elle essentiellement honorifique et temporaire, la fonction présidentielle au sein de l’Union africaine n’en demeure pas moins investie d’une charge morale et politique qui engage l’institution tout entière.
À peine investi des attributs de sa charge, le président burundais Évariste Ndayishimiye, désormais à la tête de l’organisation continentale, se rend coupable d’un geste dont la portée dépasse sa personne.
En serrant la main d’un individu judiciairement sanctionné pour des thèses niant des crimes reconnus et en le faisant avec une satisfaction visible, il projette une image désastreuse de l’institution qu’il est censé incarner.
Cette scène jette l’opprobre non seulement sur la fonction, mais également sur l’Union africaine elle-même, laquelle s’est pourtant engagée, dans ses textes fondateurs et ses résolutions, à combattre le négationnisme, l’impunité et les idéologies de haine.
Un tel acte, loin d’être neutre, s’apparente à une transgression éthique majeure. Il trahit une désinvolture coupable à l’égard de la mémoire des victimes, mais aussi un mépris implicite pour les principes que l’institution prétend défendre sur la scène internationale.
Le symbole est d’autant plus corrosif qu’il émane de celui qui, pour un an, est censé représenter la voix et la conscience politique du continent africain.
Une compromission idéologique et une indignité durable
Au-delà de l’instant figé par l’objectif, ce geste révèle une inclination idéologique profondément problématique. En s’affichant ainsi, le président de l’Union africaine ne se contente pas d’une erreur de jugement : il participe, par un acte symbolique, à la banalisation du négationnisme, pourtant condamné tant par les juridictions internationales que par les valeurs officiellement proclamées par l’organisation qu’il dirige. Cette contradiction flagrante entame irrémédiablement la crédibilité morale de sa présidence.
L’atteinte n’est pas seulement personnelle ; elle est collective. Elle souille l’image du Burundi, rejaillit sur ses pairs chefs d’État et affaiblit la légitimité des institutions continentales aux yeux des peuples africains comme de la communauté internationale.
En un instant, ce qui aurait dû être une présidence de rassemblement et de dignité se trouve grevée d’un soupçon durable, marqué du sceau de l’indignité.
Car certaines images ne s’effacent pas. Elles s’inscrivent dans la mémoire politique comme des stigmates. En acceptant, pire, en revendiquant cette proximité, le président de l’Union africaine appose sur son mandat une marque indélébile, celle d’un renoncement aux exigences morales attachées à sa fonction.
Ce faisant, il rappelle cruellement que l’indignité ne réside pas seulement dans les discours, mais aussi, et peut-être surtout, dans les gestes que l’histoire n’oublie jamais.














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