La dépravation professionnelle comme symptôme d’une dérive médiatique instrumentalisée

Redigé par Tite Gatabazi
Le 9 février 2026 à 11:24

La figure de la journaliste, jadis perçue comme gardienne scrupuleuse de la vérité factuelle et de l’indépendance intellectuelle, semble aujourd’hui, dans certains contextes géopolitiques tendus, se muer en acteur partisan, voire en relais assumé de stratégies de mensonges.

Le cas de Hariana Veras, régulièrement évoqué dans le débat public, s’inscrit précisément dans cette zone trouble où l’engagement militant se confond avec l’exercice du métier d’informer.

Ses interventions répétées auprès de responsables politiques américains, caractérisées par une orientation univoque et une rhétorique accusatoire, ont nourri l’impression d’un journalisme d’assignation, davantage soucieux de provoquer des sanctions ciblées que d’éclairer la complexité des faits.

Cette posture, perçue par de nombreux observateurs comme excessivement partisane, soulève une interrogation centrale : à partir de quel seuil l’angle éditorial cesse-t-il d’être une lecture critique pour devenir un instrument d’influence ?

La réception publique d’un présent émanant du président Félix Tshisekedi, transmis par son ambassadeur itinérant, M. Antoine Gonda, a accentué ce malaise.

Indépendamment de la nature exacte de ce don, son affichage ostensible alimente une perception de proximité problématique entre pouvoir politique et production journalistique. Dans les démocraties fondées sur la séparation des rôles, l’apparence même d’un conflit d’intérêts suffit à fragiliser la crédibilité professionnelle.

Cette confusion des registres participe d’une dépravation professionnelle, qu’il convient d’entendre non comme l’établissement d’une faute pénale dûment démontrée, mais comme l’érosion progressive, presque insensible, des exigences éthiques qui constituent le socle de la légitimité journalistique.

En s’affranchissant des impératifs de distance critique, de retenue et d’indépendance, Hariana Veras se prive elle-même de l’autorité morale attachée à sa fonction. Il en résulte une perte de crédibilité quasi irréversible, au point que ses prises de parole, naguère reçues comme des contributions au débat public, se voient désormais reléguées au rang d’actes de militantisme assumé, dépourvus de la valeur informative et de la rigueur analytique attendues d’un exercice professionnel de l’information.

Dépravation professionnelle et abdication de l’éthique journalistique

Au-delà des individus, c’est un système de pratiques et de représentations qui se trouve ici interrogé. La banalisation supposée de formes de cooptation, de gratification symbolique ou matérielle et la porosité croissante entre activisme politique et journalisme, nourrissent un climat de suspicion durable.

Lorsque Hariana Veras apparaît publiquement aux côtés de dirigeants controversés, ou adopte une ligne éditoriale systématiquement alignée sur les intérêts du régime de Kinshasa, l’opinion est en droit de s’interroger sur l’autonomie réelle de sa parole.

La déontologie journalistique repose sur des piliers non négociables : indépendance, transparence, distance critique et refus de toute forme de compromission. Leur mise entre parenthèses, ouvre la voie à une instrumentalisation du journalisme comme arme politique.

Cette abdication progressive de l’éthique transforme l’information en plaidoyer et le questionnement en mise en accusation orientée.

En ce sens, la dépravation professionnelle ne réside pas seulement dans l’éventuelle réception d’avantages, mais dans l’acceptation souriante de la confusion des rôles, dans l’exhibition assumée de proximités équivoques et dans le renoncement à la réserve qui protège la crédibilité du métier.

Lorsque l’éthique est reléguée à un horizon indéfiniment différé, c’est l’ensemble du champ médiatique qui se trouve discrédité, au profit des pouvoirs qu’il était précisément chargé de scruter.

Les interventions répétées de Hariana Veras auprès de responsables américains, au ton accusatoire, ont donné l’image d’un journalisme visant davantage des sanctions que l’éclairage des faits

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