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Le serment trahi du « plus jamais ça » et la faillite morale de la communauté internationale

Redigé par Tite Gatabazi
Le 6 février 2026 à 09:02

L’histoire contemporaine se présente comme une succession d’engagements solennels proclamés avec gravité, aussitôt vidés de leur substance par l’inaction, l’aveuglement volontaire ou la lâcheté politique.

A chaque tragédie majeure succède un sursaut rhétorique, une promesse martelée à la face du monde, censée conjurer la répétition de l’horreur ; pourtant, dès que l’exigence morale se heurte aux calculs d’intérêts, aux équilibres diplomatiques ou au confort de l’indifférence, ces serments se dissolvent dans le silence et l’inaudible.

Ainsi, la parole internationale, privée de volonté et de courage, se transforme en rituel creux, où la solennité du discours contraste cruellement avec la vacuité de l’action, laissant les peuples exposés à la violence d’un monde qui promet beaucoup, mais protège peu.

Le serment du « plus jamais ça », proclamé avec emphase après les cataclysmes du XXᵉ siècle, devait constituer le socle moral d’un ordre international fondé sur la prévention des crimes de masse et la protection des populations civiles.

Or ce serment a été gravement trahi, d’abord dans l’ex-Yougoslavie, puis au Rwanda, où l’inaction, les atermoiements et les calculs diplomatiques ont ouvert la voie à l’irréparable. Ces échecs ne relèvent pas de circonstances exceptionnelles : ils révèlent une constante tragique, selon laquelle les mêmes causes, silence, relativisation, déni de responsabilité produisent invariablement les mêmes effets.

Aujourd’hui, la République démocratique du Congo s’inscrit douloureusement dans cette continuité historique. Tandis que des dynamiques d’épuration ethnique s’y déploient sous le regard du monde, la communauté internationale observe, muette et impassible, sans interpeller clairement un gouvernement pourtant investi de la responsabilité première de protéger sa population.

Aucune mobilisation diplomatique à la hauteur de la gravité des faits, aucune condamnation ferme et explicite, aucun sursaut moral ne vient rompre ce silence assourdissant. Ce mutisme n’est pas neutre : il est coupable. Il équivaut à une abdication morale, voire à une forme de complicité passive, en ce qu’il conforte l’impunité et banalise la violence exercée contre des civils abandonnés à leur sort.

Le renversement tragique des responsabilités et le paradoxe de la protection
Dans ce vide politique et moral laissé par l’État congolais et ses partenaires internationaux, s’opère un renversement aussi tragique que révélateur.

Lorsque le gouvernement, au lieu de protéger, devient auteur de violences tuant, massacrant et bombardant sa propre population sans susciter la moindre réprobation internationale, il rompt le pacte fondamental qui fonde sa légitimité.

L’absence de condamnation extérieure, loin d’apaiser la situation, nourrit un climat d’insécurité permanente et pousse d’autres acteurs à se poser en remparts face à des menaces perçues comme imminentes et existentielles.

C’est dans ce contexte que s’inscrit le paradoxe, dérangeant mais factuel, d’un mouvement comme l’AFC/M23 apparaissant, aux yeux de la populations, comme plus lucide, plus responsable et plus soucieux de leur protection que l’État censé incarner l’autorité légitime.

Ce basculement ne saurait être compris comme une glorification, mais comme le symptôme d’un effondrement : celui d’un État défaillant et d’un ordre international absent. Là où le pouvoir officiel abdique sa mission régalienne, d’autres prétendent s’y substituer, non par vertu intrinsèque, mais par nécessité perçue de survie collective.

Ce constat, aussi inconfortable soit-il, impose une réflexion grave et sans faux-semblants. Tant que la communauté internationale persistera dans son silence, tant qu’elle refusera de nommer les crimes, d’en désigner les responsables et d’agir en conséquence, elle contribuera à pérenniser ce renversement des rôles.

Car lorsque la protection des populations ne procède plus de l’État mais de forces parallèles, c’est l’ordre politique lui-même qui se disloque, laissant place à une tragédie annoncée dont l’histoire, une fois encore, retiendra moins les promesses que les renoncements.

La parole internationale, dépourvue de volonté et de courage, devient un rituel creux, où de grands discours contrastent avec l’inaction face à la violence

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