D’un côté, Louis Kabamba, ministre des Mines, affirme avec une sobriété presque technocratique que l’accord-cadre minier conclu avec les États-Unis ne constitue qu’une étape préliminaire : une base de discussion appelée à être consolidée par des projets concrets, faute de quoi Kinshasa se réserverait la liberté d’explorer d’autres partenariats.
De l’autre, Patrick Muyaya, ministre de la Communication et porte-voix du gouvernement, sillonne les plateaux médiatiques pour célébrer ce même accord comme un partenariat stratégique inédit, quasiment achevé, présenté comme une trouvaille diplomatique propre à la RDC.
Entre ces deux narrations, la contradiction n’est ni marginale ni sémantique : elle est structurelle. Elle pose une question simple mais redoutable : qui, au sommet de l’État, dit vrai ? Est-on face à un accord abouti, scellé et porteur de promesses imminentes, ou à une simple déclaration d’intention encore suspendue aux aléas des négociations ?
Cette divergence publique, loin d’être anodine, fragilise la parole de l’État et instille le doute chez les partenaires internationaux, toujours attentifs à la cohérence et à la fiabilité de leurs interlocuteurs.
La perte de la bataille de l’information : immaturité politique et crédibilité entamée
Cette cacophonie communicationnelle vient cruellement illustrer ce que Muhindo Nzangi avait lui-même qualifié de « perte de la bataille de l’information et de la communication ». Lorsqu’un gouvernement se contredit à ciel ouvert sur un dossier aussi stratégique que la valorisation des minerais critiques, il ne s’agit plus d’un simple défaut de coordination : c’est l’aveu d’une gouvernance hésitante, incapable d’ordonner sa propre narration.
Le déficit de synchronisation entre ministères révèle une immaturité politique préoccupante. La communication d’État n’est pas un exercice d’improvisation individuelle ni une tribune personnelle destinée à flatter l’opinion ou à fabriquer des succès symboliques.
Elle est, par essence, un acte collectif, rigoureusement calibré, qui engage la crédibilité internationale du pays. En exposant publiquement des versions discordantes, le gouvernement congolais donne l’image d’un exécutif désarticulé, où chaque ministre semble parler pour soi, sans ligne directrice claire ni autorité arbitrale.
Les conséquences de cette légèreté sont loin d’être théoriques. Sur la scène internationale, où la concurrence pour les investissements stratégiques est féroce, la moindre incohérence est interprétée comme un signal de risque.
A force de proclamations triomphalistes contredites par des mises au point prudentes, la RDC affaiblit sa position de négociation et entame un capital de confiance déjà fragile. Cette perte de crédibilité n’est pas seulement un échec communicationnel ; elle est le symptôme d’une irresponsabilité politique qui, si elle perdure, pourrait coûter bien plus cher que les bénéfices symboliques d’une victoire diplomatique prématurément proclamée.














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