Le dialogue national congolais : promesse de concorde ou mirage politique

Redigé par Tite Gatabazi
Le 16 février 2026 à 09:17

A l’heure où la République démocratique du Congo s’engage vers un énième cycle de concertations politiques, le débat public s’intensifie et se charge d’une gravité palpable.

Dans ce concert de prises de position, la parole de Jean-Claude Katende, figure emblématique et inlassable vigie de la société civile congolaise, résonne avec une acuité singulière. « Un dialogue sans justice, c’est un dialogue qui ne changera rien. Il y a trop de récidivistes dans ce pays. Attendons voir. » Cette sentence lapidaire, publiée sur son compte X, condense en quelques mots les doutes profonds qui entourent l’initiative.

Présenté par ses promoteurs comme un « dialogue national » destiné à apaiser les tensions politiques, à restaurer une confiance érodée et à raffermir une cohésion nationale fragilisée, le processus se veut inclusif et rassembleur. Majorité présidentielle, opposition, société civile, confessions religieuses et autres forces vives seraient conviées à une même table, dans l’espoir de dégager des réformes consensuelles et durables. L’ambition affichée est noble ; l’expérience, cependant, invite à la circonspection.

Car ce rendez-vous politique s’annonce d’emblée comme une rencontre hérissée d’inconnues. Le pouvoir en place est de plus en plus décrié de l’intérieur même de l’appareil étatique et social, tandis que la défiance populaire s’enracine. Dans ce contexte, le dialogue apparaît moins comme une évidence que comme une épreuve de vérité, dont nul ne saurait prédire l’issue ni la sincérité réelle.

Le spectre de l’impunité et les contorsions du pouvoir

La référence aux « récidivistes » invoquée par Jean-Claude Katende renvoie, pour nombre d’analystes, à une catégorie bien identifiée d’acteurs politiques coutumiers des dialogues passés, prompts à apposer leur signature sur des accords solennels, mais tout aussi enclins à en trahir l’esprit et la lettre.

L’histoire récente de la RDC est jalonnée de ces conclaves porteurs d’espérance, souvent suivis de compromis fragiles, vite consumés par le retour des calculs personnels, des ruptures d’engagements et des crises récurrentes.

À cette mémoire collective s’ajoute une donnée plus sensible encore : le lourd passif politique du chef de l’État, Félix Tshisekedi, dont certaines zones d’ombre demeurent soigneusement évitées dans l’espace public.

Un véritable forum national, ouvert et sans tabous, pourrait inévitablement faire ressurgir des dossiers que le pouvoir préférerait maintenir dans l’ombre. Cette perspective explique, aux yeux de nombreux observateurs, la stratégie d’évitement qui semble prévaloir : pirouettes discursives, esquives calculées, tribulations politiques et diversions multiples, destinées à gagner du temps et à repousser l’échéance d’un examen de conscience collectif.

Ainsi, loin d’être un simple exercice de concertation, ce dialogue national apparaît comme un moment de confrontation différée entre l’exigence de justice et la tentation persistante de l’impunité.

Tant que cette tension ne sera pas résolue, le processus restera suspendu entre promesse et désillusion, et la crainte exprimée par Jean-Claude Katende continuera de planer : celle d’un dialogue de plus, sans portée transformatrice, où l’on parle beaucoup pour ne rien changer, et où l’on ajourne, une fois encore, le nécessaire face-à-face avec la vérité.

Jean-Claude Katende, figure de la société civile congolaise, résume les doutes : « Un dialogue sans justice ne changera rien. »

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