Tel semble être désormais le cas de Kemi Seba, figure autoproclamée d’un panafricanisme radical, dont l’arrestation en Pretoria, le 13 avril, a précipité l’effondrement d’une rhétorique patiemment édifiée sur les tribunes de la dénonciation.
Le paradoxe, d’emblée, frappe l’observateur attentif : cet apôtre véhément d’une Afrique affranchie de toute tutelle occidentale est interpellé dans un centre commercial du quartier résidentiel de Brooklyn, non point dans quelque bastion militant ou forum panafricain, mais dans un espace ordinaire de consommation mondialisée.
Plus troublant encore, sa présence aux côtés de François Van Der Merwe, porte-parole du groupuscule Bittereinders, nostalgique revendiqué de l’ordre racial d’antan, confère à la scène une dimension presque grotesque, tant elle heurte les fondements mêmes du discours qu’il prétend incarner.
Cette cohabitation improbable ne relève pas du simple concours de circonstances. Elle éclaire, au contraire, les zones d’ombre d’un activisme dont les contours idéologiques apparaissent désormais fluctuants, sinon opportunistes.
Comment concilier, en effet, la dénonciation incessante de l’impérialisme occidental avec la fréquentation de milieux ouvertement réactionnaires, héritiers d’un système que ce même discours prétend combattre ?
A cette contradiction manifeste s’ajoute la divulgation de conversations mettant en lumière des influences extérieures, notamment russes, dans la structuration et la diffusion de certains récits panafricanistes contemporains.
Le verbe de la souveraineté se trouve ainsi irrémédiablement entaché par le soupçon d’une instrumentalisation.
La déchéance des causes trahies et la morale des engagements
La comparution, le 20 avril, devant la juridiction sud-africaine, de ce trio hétéroclite, le militant, son fils et l’idéologue d’extrême droite ne constitue pas seulement un épisode judiciaire. Elle revêt une portée symbolique : celle de la dislocation d’un récit militant lorsque celui-ci cesse d’être porté par une éthique de cohérence et de probité.
Car toute cause, si légitime soit-elle dans ses prémisses, s’expose à la décrédibilisation dès lors qu’elle devient l’instrument de calculs inavoués. Le combat pour la dignité des peuples africains, pour leur souveraineté et leur émancipation, ne saurait être réduit à une simple posture discursive, encore moins à une stratégie de captation d’influence ou de ressources.
Il exige, au contraire, une rigueur morale et une constance intellectuelle que les faits récemment révélés semblent cruellement démentir.
En définitive, ce qui se donne à voir dans cette affaire dépasse la figure individuelle pour interroger une dérive plus large : celle des engagements dévoyés, où l’ardeur proclamée masque des alliances contre-nature et des intérêts inavouables.
Voilà, en dernière analyse, ce qui advient lorsque l’on prétend puiser indistinctement à tous les râteliers, lorsque l’on travestit le noble idéal de libération en entreprise mercantile : la parole se délite, la crédibilité s’effondre, et la cause elle-même, trahie, en sort durablement affaiblie.














AJOUTER UN COMMENTAIRE
REGLES D'UTILISATIONS DU FORUM
Ne vous eloignez pas du sujet de discussion; Les insultes,difamations,publicité et ségregations de tous genres ne sont pas tolerées Si vous souhaitez suivre le cours des discussions en cours fournissez une addresse email valide.
Votre commentaire apparaitra apre`s moderation par l'équipe d' IGIHE.com En cas de non respect d'une ou plusieurs des regles d'utilisation si dessus, le commentaire sera supprimer. Merci!